Non seulement les véhicules électriques (VE) sont-ils bons pour la planète, mais ils pourraient aussi être bons pour l'économie canadienne.

Le Canada fabrique des voitures depuis plus d'un siècle, mais l'occasion se présente à lui de tirer parti de ses atouts uniques afin de construire un écosystème « des mines à la mobilité » qui fera passer le pays de simple acteur à chef de file du secteur des VE.

Le Canada dispose d'un bon nombre des ressources essentielles pour se tailler une place de chef de file : fabricants et fournisseurs bien établis, main-d'œuvre qualifiée, soutien du gouvernement, accès aux minéraux nécessaires à la fabrication des batteries qui propulsent les VE et proximité du marché américain.

L'évolution du secteur automobile

Nombreux sont les fabricants d'équipement d'origine (FEO) à avoir pris des engagements considérables et à avoir fixé des échéanciers pour le passage aux VE. Certains se sont engagés à mettre fin à la vente de voitures à essence ou diesel d'ici 2035, tandis que d'autres ont décidé d'adopter une approche plus graduelle avec des objectifs de réduction dès 2030.

Dans un sondage mené par KPMG en 2021 auprès des cadres du secteur mondial de l'automobile (en anglais), tous les cadres ont prédit que la part de marché des véhicules électriques allait augmenter exponentiellement d'ici 2030, et la plupart d'entre eux ont prédit une croissance d'au moins 50 %.

Au cours des deux dernières années, en raison de la pandémie et de divers conflits mondiaux, l'industrie et les fournisseurs ont été durement touchés par les perturbations de la chaîne d'approvisionnement, ce qui a entraîné une flambée des prix et des pénuries constantes. Or avant la pandémie, les chaînes d'approvisionnement subissaient déjà une pression accrue alors que l'industrie passait des moteurs à combustion interne aux véhicules électriques. La pandémie n'a fait qu'accentuer ces difficultés.

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Ontario espère maintenir ses parts de marché et poursuivre la croissance de ses activités en fabriquant au moins 400 000 véhicules électriques et hybrides d'ici 2030

La fabrication de véhicules électriques et de pièces au Canada pourrait renforcer l'écosystème et aider à prévenir de futures perturbations de la chaîne d'approvisionnement. L'Ontario est déjà le deuxième plus grand constructeur automobile (après le Michigan) et le deuxième plus grand centre de technologies de l'information (après la Californie) en Amérique du Nord. La province espère maintenir ses parts de marché et poursuivre la croissance de ses activités en fabriquant au moins 400 000 véhicules électriques et hybrides d'ici 2030, dans le cadre de la phase 2 de son Plan du secteur de l'automobile.1

Localiser la production des VE

Le Canada dispose tant des matières premières que des travailleurs qualifiés pour la production des VE. Une occasion unique se présente donc à lui pour transformer son industrie automobile actuelle et effectuer le passage à l'électrique, le tout en tirant parti du fait qu'il a accès aux ressources nécessaires pour la fabrication des batteries qui alimentent les VE. Le premier VUS hybride entièrement fabriqué au Canada est d'ailleurs déjà sorti de la chaîne de production à Cambridge, en Ontario.

Une production localisée permettrait de simplifier la chaîne d'approvisionnement et créerait des possibilités d'échanges mondiaux. Plusieurs constructeurs de véhicules ont déjà fait connaître leurs plans de fabriquer des VE ou des pièces de VE, telles que des batteries, au Canada. Le soutien fédéral et provincial a joué un rôle déterminant dans l'obtention de ces investissements, qui viennent renforcer l'attrait du Canada pour les investisseurs.

Par exemple, les gouvernements du Canada et de l'Ontario se sont engagés à verser près de 1,7 milliard de dollars aux FEO établis pour construire de nouveaux véhicules à émission zéro dans la province.

L'Association des fabricants de pièces d'automobile du Canada (APMA), qui représente les fabricants de pièces d'origine, de matériel, d'outils, d'accessoires et de technologies évoluées, et les fournisseurs de services destinés au secteur automobile, prend, elle aussi, le virage vers les VE. Par l'entremise du projet Arrow, elle entend construire le premier VE 100 % canadien, dont chacune des pièces aura été pensée et fabriquée au Canada. Son objectif est de dévoiler un prototype aux investisseurs potentiels d'ici 2023, qui sera ensuite mis à l'échelle pour construire de 50 000 à 60 000 véhicules par année.

Tous ces investissements créeront un nombre important d'emplois dans le secteur de l'énergie propre au Canada, du secteur manufacturier au secteur minier, en passant par le secteur du recyclage. D'ici 2030, selon un rapport de Clean Energy Canada (CEC), les emplois liés aux énergies propres feront un bond de près de 50 % pour atteindre un total de 640 000 travailleurs, dont 184 000 seulement dans le secteur de la technologie des véhicules électriques (chiffres fondés sur le fait que les VE devraient représenter 18 % de toutes les ventes de véhicules de promenade neufs d'ici la fin de la décennie).2

La croissance démographique dans le corridor Québec-Windsor devrait se chiffrer à environ 5 %, tandis que celle de la Rust Belt aux États-Unis devrait atteindre à peine un peu plus de 2 %. Ce taux de croissance, jumelé à nos programmes de formation et d'études, confère un avantage considérable au marché canadien.

Alors que des pénuries de main-d’œuvre frappent l’Amérique du Nord, les politiques en matière d’immigration du Canada et sa réputation de pays accueillant et diversifié en font une option attrayante pour les nouveaux arrivants. En 2021, le Canada a accueilli plus de 405 000 résidents permanents. Pourtant, il reste encore des centaines de milliers de postes à pourvoir dans tous les secteurs. À titre de comparaison, le Census Bureau des États-Unis indique que notre voisin du sud n’a ouvert ses frontières qu’à 244 000 nouveaux résidents par le biais de l’immigration en 2021.

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L’attrait du Canada en tant que nation accueillante et diversifiée continue de faire du pays une option intéressante pour d’éventuels nouveaux arrivants qualifiés, au point où l’on prévoit que la croissance démographique dans les principaux secteurs de fabrication sera 2,5 fois supérieure à celle des équivalents aux États‑Unis.

En vertu de son Plan des niveaux d’immigration 2022-2024, le Canada prévoit continuer d’accueillir des immigrants à un taux d’environ 1 % de la population canadienne et améliorer l’expérience globale de l’immigration, notamment en offrant des délais de traitement plus prévisibles, pour attirer et garder les nouveaux arrivants.

Bâtir un écosystème pour les batteries des VE

Les batteries des VE sont lourdes et difficiles à transporter. Les fournisseurs de batteries qui sont rapprochés du lieu de fabrication d'un véhicule ont donc un avantage sur leurs concurrents.

Le Canada met rapidement en place une chaîne d'approvisionnement robuste pour la fabrication des batteries, grâce à des investissements importants du secteur privé et au soutien des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, et mise sur son potentiel de devenir un lieu privilégié pour l'extraction éthique de minéraux.

Par exemple, les gouvernements du Canada et de l'Ontario ont investi dans une coentreprise de 5 milliards de dollars qui donnera le jour à la première usine de production à grande échelle de batteries pour VE au pays. Située à Windsor, celle-ci fabriquera des éléments et des modules de batterie aux ions de lithium. Quelque 2 500 emplois seront créés.

Dans un communiqué de presse, les sociétés disent s'attendre à ce que l'usine, en misant sur le leadership du Canada dans la production d'électricité provenant de sources renouvelables et en créant des chaînes de valeur pour l'énergie verte, serve de catalyseur et accélère la mise en place d'une chaîne d'approvisionnement robuste pour les batteries dans la région.

D'autres plans visant la construction d'une usine au Québec, où seront produits les matériaux actifs de cathode (nickel, lithium et autres matériaux) pour les batteries de VE, ont également été annoncés. Tout comme on prévoit de construire une usine de production d'éléments de batterie de quelque 28 000 m2 au Québec. Alimentée à l'énergie propre, l'usine créera une chaîne d'approvisionnement circulaire et autosuffisante pour les VE en Amérique du Nord.

Ces projets, qui aident à bâtir une chaîne d'approvisionnement et attirent d'autres fournisseurs dans l'écosystème, laissent entrevoir un tournant pour le secteur des VE au Canada. Des observateurs de l'industrie, dont Clean Energy Canada, recommandent que le Canada noue une « alliance nord-américaine pour les batteries » avec les États-Unis afin de mettre en place une chaîne logistique dédiée aux batteries et de renforcer les capacités de la chaîne d'approvisionnement du secteur intermédiaire, qui fournirait des matériaux et des composants aux constructeurs automobiles régionaux.3

Transformer les matières premières en débouchés économiques

Pour localiser la production des composants des VE, le Canada peut miser sur ses réserves abondantes de nickel, de lithium, de cobalt, de graphite, de cuivre et de manganèse, des éléments tous essentiels à la fabrication des batteries et des véhicules du futur. Toutefois, comme bon nombre de ces derniers se trouvent dans des régions éloignées, le manque d'infrastructures nécessaires pourrait freiner l'accès aux matières premières et, au bout du compte, la prospérité économique durable.

À l'heure actuelle, la majorité des batteries aux ions de lithium sont produites en Asie, bien loin des chaînes d'approvisionnement nord-américaines.

Néanmoins, l'approvisionnement en matières premières et la production de batteries aux ions de lithium pourraient augmenter sensiblement au Canada au cours des prochaines années. Les fournisseurs des FEO, notamment ceux qui fabriquent des batteries, devront respecter les normes environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Cela implique qu'ils devront être en mesure de retracer avec certitude la source de minéraux tels que le cobalt.

Un groupe de travail fédéral-provincial-territorial dresse actuellement un inventaire des minéraux clés du Canada qui aideront à créer une chaîne de valeur pour les batteries et, par la même occasion, à créer des emplois, en particulier dans les communautés éloignées et nordiques. KPMG estime qu'une action concertée des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux est nécessaire pour coordonner de manière officielle et accélérer les investissements dans les véhicules électriques et la chaîne d'approvisionnement des batteries des VE.

Positionner le Canada comme chef de file de la production de VE

En plus des investissements annoncés par les grands fabricants d'éléments de batterie au pays, le Canada séduit aussi par ses coûts d'exploitation moindres, ses allègements fiscaux et son accès aux marchés américains. Il peut aussi compter sur des lois environnementales efficaces, des liens logistiques forts et une main-d'œuvre qualifiée.

Les gouvernements du Canada, de l'Ontario et du Québec sont fermement décidés à soutenir le secteur des VE et sont prêts à accorder un important soutien financier pour la fabrication de batteries aux ions de lithium. Or, une fois qu'un pays dispose des capacités pour fabriquer des éléments de batterie, le reste du secteur de la fabrication tend à emboîter le pas.

Le Canada a l'occasion de se positionner comme chef de file de la production de VE — du début à la fin, « des minéraux à la borne de recharge » — et de stimuler la création d'emplois et la croissance économique, mais pour faire les choses correctement, il doit adopter une approche écosystémique globale pour la production de VE. Le Canada doit faire preuve d'audace et prendre les commandes.

1 Piloter la prospérité : L’avenir du secteur de l’automobile de l’Ontario, Ministère du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce de l'Ontario, 31 mars 2022
2 The New Reality, Clean Energy Canada, 17 juin 2021
3 Turning Talk into Action: Building Canada’s Battery Supply Chain, Clean Energy Canada, Mai 2021

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