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TECH ECONOMY

Très énergivore, le secteur du numérique fait l’objet de toutes les attentions dans les entreprises. Après une prise de conscience collective tardive, l’heure est aujourd’hui à l’action. Des exemples concrets nous montrent le chemin.

De nombreuses études (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, Insee, The Shift Project) convergent vers des chiffres identiques : le numérique serait à l’origine de plus de 4 % de la consommation mondiale d’énergie primaire et de 3,7 % des émissions totales de gaz à effet de serre (GES) en 2018. Selon le projet « Lean ICT » du Shift Project, la part du numérique dans les émissions de gaz à effet de serre a augmenté de moitié depuis 2013, passant de 2,5 % à 3,7 % du total des émissions mondiales. Qui plus est, sa consommation d’énergie est aujourd’hui en hausse de 9 % par an.

Si l’on se penche sur le cas français, la consommation électrique du numérique hexagonal a été de l’ordre de 40 TWh d’électricité en 2019, soit environ 8,3 % de la consommation électrique totale (473 TWh selon RTE), selon l’étude « iNum », publiée en juin 2020 par des experts indépendants appartenant au collectif GreenIT.fr.

Une prise de conscience bien réelle


Face à ce constat, la prise de conscience en France est réelle. Le Conseil national du numérique (CNNum), en partenariat avec le Haut Conseil pour le climat (HCC), a publié début 2020 sa feuille de route pour un « numérique responsable », c’est-à-dire sobre et au service des objectifs de développement durable et de la transition écologique et solidaire. En juin 2020, le Sénat a quant à lui mis en avant 25 propositions pour une transition numérique écologique.

En juin également, les 150 membres de la Convention Citoyenne pour le Climat ont rendu leurs propositions au gouvernement. L’une d’entre elles – intitulée « Accompagner l’évolution du numérique pour réduire ses impacts environnementaux » - concerne directement le numérique. 

 

Les grands groupes en première ligne

Toujours selon le rapport « Lean ICT » du Shift Project, publié en 2018, la sobriété numérique est possible, pour peu qu’on s’en donne réellement les moyens. Comment y parvenir ? En achetant les équipements les moins gourmands en énergie, en les changeant le moins souvent possible et en réduisant les usages énergivores superflus. Cette approche est qualifiée de « Lean » en ce sens qu’elle fonctionne « au plus juste » et qu’elle est source d’efficacité pour les organisations. Son principe étend au niveau sociétal la prise en compte des objectifs poursuivis par les approches techniques de type « Green IT ».

Certaines grandes entreprises leaders du numériques ont ouvert la voie. C’est le cas de Google qui, depuis 2007, revendique avoir atteint la neutralité carbone et qui, depuis 2017, alimente la totalité de ses centres de données avec de l'électricité issue d’énergies renouvelables.

Parmi les autres GAFAM, Apple a annoncé cet été son engagement à devenir neutre en carbone sur sa chaîne logistique et l’ensemble de ses produits d’ici 2030. En janvier 2020, Microsoft avait annoncé vouloir faire de même, déclarant avoir l’intention de compenser l'intégralité du CO2 émis depuis sa création en 1975.  

Plus récemment, la sobriété numérique s’est invitée dans la « Raison d’être » de grands acteurs numériques, comme Atos, qui entend « améliorer la performance environnementale des produits et services numériques et transformer la technologie en levier de la transition environnementale ». 

Simplon : former des générations entières à la sobriété numérique


Mais force est de constater que, sur le terrain, la mise en pratique est parfois plus difficile qu’il y paraît. « L’impact écologique du numérique est un véritable angle mort. Je suis un passionné de numérique depuis 25 ans et je n’ai pris conscience de son impact environnemental que très récemment, il y a 5 ans environ. La première étape à atteindre est donc une prise de conscience généralisée, du simple citoyen au dirigeant d’entreprise, en passant par la classe politique. Rien n’est possible sans cette culture commune », analyse Frédéric Bardeau, Président cofondateur de l’organisme de formation Simplon.

Chez Simplon, des mesures ont été prises pour limiter le nombre d’équipements utilisés au quotidien et prolonger autant que possible la durée de vie du matériel informatique. « Nous évitons d’acheter le dernier objet connecté à la mode. Nous privilégions, à l’inverse, l’achat de matériel reconditionné. C‘est selon moi les deux principales mesures à prendre pour avoir un réel impact. En ce qui concerne les usages, nous prônons une utilisation raisonnée de la vidéo, tout particulièrement du streaming. Nous déconseillons aussi à nos salariés et à nos apprenants d’envoyer des mails contenant une grosse pièce jointe à de multiples personnes », ajoute le dirigeant.

Et Frédéric Bardeau de conclure : « Dans le bâtiment, on construit des immeubles énergétiquement efficaces. On peut, de la même façon, concevoir et coder des sites ou des applications dont l’efficacité énergétique a été étudiée en amont. Il faut désormais former des générations entières de professionnels du numérique à ces aspects : codage, hébergement, maintenance, cycle de vie... ».  

Chez Enedis : design des outils numériques et acculturation

Enedis, qui gère le réseau de distribution électrique français, vient d’annoncer son projet « industriel et humain » pour la période 2020 / 2025. Parmi les huit engagements que prend l’entreprise  figurent la réduction de son empreinte carbone de 20 % en 2025 et l’atteinte de la neutralité carbone en 2050.

La sobriété numérique fait partie intégrante du plan d’action d’Enedis. Nous privilégions deux axes : le design de nos outils numériques et l’acculturation des collaborateurs. Dès 2018, nous avons réalisé un benchmark de maturité de nos SI en participant à l’étude WeGreenIT, pilotée par le club GreenIT et le WWF. Aujourd’hui, dès la phase de conception de nos développements applicatifs, la réduction de l’impact énergétique est un prérequis, en travaillant - par exemple - sur le volume des données que nous aurons à stocker et maintenir par la suite.


Chantal Genermont,
en charge de la direction numérique d’Enedis

Autre point de vigilance chez Enedis : les achats. « Lorsque nous achetons des tablettes ou des smartphones, nous choisissons les terminaux dont la durée de vie potentielle est la plus longue possible ou ceux que l’on peut reconditionner le plus facilement », complète Chantal Genermont. 

Pour ce qui est du volet acculturation, Enedis dispose, au sein de sa direction numérique, d’une équipe de 20 personnes qui anime des ateliers visant à accompagner les métiers lors de la création de projets innovants (IoT, data, automatisation...). « C’est à l’occasion de ces ateliers qu’est né le partenariat avec l’Institut du Numérique Responsable, Think Tank issu du Club Green IT. Il nous accompagne dans cette conduite du changement », conclut Chantal Genermont.

Preuve s'il en était besoin que la sobriété numérique s'impose peu à peu comme un sujet stratégique. Des initiatives comparables se multiplient. A côté de l'Institut du Numérique Responsable, on peut bien évidemment citer les activités de think tank du Shift Project dont les membres sont de grands groupes souhaitant faire de la transition énergétique leur priorité stratégique. Citons enfin ll’Institute for Climate Economics (I4CE), initiative de la Caisse des Dépôts et de l’Agence Française de Développement (AFD). Autant de pistes pour accélérer. 

À retenir
La sobriété numérique repose sur des actions simples mais nécessaires comme acheter les équipements les moins gourmands en énergie, en les changeant le moins souvent possible et en réduisant les usages énergivores superflus. Cette approche est qualifiée de « Lean » en ce sens qu’elle fonctionne « au plus juste » et qu’elle est source d’efficacité pour les organisations. Son principe étend au niveau sociétal la prise en compte des objectifs poursuivis par les approches techniques de type « Green IT ».

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