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ETHICAL ECONOMY

Conformité, exemplarité, transformation... La Directrice de l’engagement sociétal du Groupe La Poste décline ses principaux niveaux d'implication et détaille les quatre grandes transitions – écologique, numérique, démographique, territoriale - dans lesquelles La Poste a décidé de s’investir au quotidien.

Quel est votre rôle au sein du Groupe la Poste ?

Quand j'ai été nommée, il y a quatre ans, j'ai demandé à mon président ce qu’il attendait de moi : La Poste était vue comme l'entreprise la plus utile par les Français, alors même qu'ils consommaient de moins en moins de services postaux. Il m’a demandé de faire en sorte que, dans cinq ans, dans dix ans, l’entreprise soit encore considérée comme la plus utile, alors que les attentes des Français auront évolué et qu’ils consommeront les services de La Poste différemment.

Une politique RSE est un révélateur de sens. Le sens est devenu un carburant assez essentiel de la vie économique. Aujourd'hui, si vous voulez fidéliser et recruter les meilleurs collaborateurs, les meilleurs clients, les meilleurs investisseurs, les meilleurs fournisseurs, ceux avec qui vous allez pouvoir innover le plus, vous devez raconter le sens que vous donnez à ce que vous faites. Cela signifie que vous endossez, de fait, l’idée que la responsabilité de l'entreprise est plus large que ses seuls périmètres de bilan comptable. Cela signifie aussi que cette responsabilité implique d'autres parties prenantes, d'autres générations, d'autres univers que ceux de l’entreprise. C'est ce qu'a sacralisé la loi Pacte, au travers de la raison d'être et du statut d'entreprise à mission.

Mon rôle consiste donc tout d’abord à révéler à La Poste ce qu'elle est dans ce cadre-là. Riche de 500 ans d'histoire, La Poste évolue aujourd’hui dans des univers dont l'avenir économique est loin d'être garanti, notamment pour l’activité courrier. Je dois donc veiller à ce que, quand elle se projette dans le monde de demain, elle ne le fasse ni à côté de son marché, ni à côté de ce que sont ses racines, et donc du sens que nous venons d’évoquer. La deuxième partie de mon temps, je la consacre à la veille, pour anticiper les attentes sociétales émergentes, les nouveaux comportements d’achats ou les évolutions en matière de normalisation.

L’engagement sociétal de La poste consiste à être impactant. Qu'est-ce que cela signifie concrètement ?

Nous avons identifié trois niveaux d'implication sur les sujets d'engagement sociétal. Le premier niveau est celui de la conformité, qui ne rentre pas dans mon périmètre. Le deuxième niveau, c'est celui de l'exemplarité. C'est le niveau sur lequel sont attendues toutes les entreprises leaders. Parce qu’elles sont leaders dans leur domaine, les consommateurs et le marché considèrent qu’elles se doivent d’entreprendre des projets sur lesquels d'autres n’oseraient pas se lancer. Nous avons été précurseurs et sommes toujours leaders de la livraison décarbonée, en route vers la livraison « zéro carbone ». En tant que leaders, nous avons entraîné avec nous l'intégralité du marché, dont nos concurrents.

Aujourd'hui, quand certains grands e-commerçants affirment vouloir être neutres en carbone en 2040, c'est aussi parce que nous avons démontré que c'était possible.


Le troisième niveau consiste à ne pas se contenter de réduire nos impacts mais à être transformant. Cela veut dire par exemple entraîner tout un écosystème avec nous et l'aider à devenir plus résilient, plus conforme, etc. Si nous prenons l’exemple de nos flottes électriques, nous aurions pu, pour nos contrats de flottes, mener dans le plus grand secret des négociations avec un industriel. Ce n’est pas ce que nous avons choisi de faire. Nous avons constitué un groupement d'achat avec toutes les grandes entreprises désirant s’équiper de flottes électriques, y compris nos concurrents. Ce que nous pouvions négocier de bien pour nous, tout le monde a pu en profiter, dans une logique de coopétition.

À retenir
Une politique RSE est un révélateur de sens. Le sens est devenu un carburant assez essentiel de la vie économique. Aujourd'hui, fidéliser et recruter les meilleurs collaborateurs, les meilleurs clients, les meilleurs investisseurs, les meilleurs fournisseurs, ceux avec qui vous allez pouvoir innover le plus, passe par le sens que l'on donne.

Être « transformant », comment cela se concrétise-t-il ?

Quand vous voulez être transformant, vous êtes obligé de sélectionner les causes pour lesquelles vous vous impliquez. Nous avons choisi quatre grandes transitions qui sont à la fois des transitions qui nous éprouvent mais qui sont autant d’opportunités de transformation et de renouvellement de modèles pour nous.

La première de ces transitions est évidemment la transition écologique, dans laquelle entre pleinement la question du transport de marchandises et donc du dernier kilomètre où nous sommes leaders. La deuxième transition concerne le numérique, avec les enjeux qu'elle pose au sens non seulement de la planète mais aussi des bienfaits ou des méfaits sur les Hommes. La troisième transition touche aux enjeux démographiques, pose la question du vieillissement et, à travers elle, la question de son financement, de la qualité de vie des personnes âgées à domicile et de la solidarité intergénérationnelle.

Enfin, la quatrième est celle que nous avons appelée la transition territoriale. Elle est très importante à nos yeux car les territoires sont dans nos chairs. Ils sont les fondements de l’Histoire de La Poste. La fabrication de cette unité territoriale, c'est ce qui nous a fait naître, c'est ce qui a fait notre raison d'être pendant très longtemps. Et donc, cette fracture territoriale, cette transition territoriale, nous la voyons arriver depuis très longtemps. Nous souhaitons continuer à être cet acteur qui connecte les cœurs de villes avec les banlieues, les périphéries avec les centres, les zones rurales avec les zones urbaines et qui fasse que, où que l'on vive, on soit connecté au reste du monde et de la société.

Ces transitions ont donné lieu à 4 grands engagements en tant qu’entreprise de proximité humaine et territoriale : contribuer au développement et à la cohésion des territoires, favoriser l’inclusion sociale, œuvrer à l'accélération des transitions écologique pour tous et promouvoir un numérique éthique, inclusif et frugal.

Comment aligner cette volonté de transformation avec l’intérêt financier propre à toute entreprise ?

Le sujet est assez simple pour nous : ce n'est pas distinct. Si nous voulons continuer à faire notre métier, nous devons être capables d'opérer les villes avec des modes de transport propres. Sinon, c'est très clair, nous ne pourrons plus accéder aux villes. Et au-delà de cet aspect, nous en avons fait un élément de différenciation. C'est grâce à cela que nous sommes aujourd'hui un des leaders, voire le leader de la logistique urbaine en France.

Il n’est plus possible d’opérer les villes sans se préoccuper des impacts. A l’heure actuelle, pour le transport de marchandises, chacun fait à peu près ce qu’il veut : vous pouvez rentrer, sortir, vous arrêter, repartir comme bon vous semble et ce, pour plusieurs centaines de marques différentes. Or, le transport de marchandises représente aujourd’hui 30 % des embouteillages et 40 % des émissions de particules. En France, selon Santé publique France, 48 000 personnes meurent chaque année prématurément en raison d’une mauvaise qualité de l'air. Et au niveau européen, cela concerne entre 400 000 et 700 000 personnes.

La question de la qualité de l'air dans les villes est donc un sujet majeur pour l'avenir des jeunes générations, dans un contexte de croissance à deux chiffres du e-commerce. Ces dernières semaines, nous avons connu des croissances de 30 à 40 % du nombre de colis distribués. Et tous les acteurs du marché tablent sur un doublement des volumes d'ici 2030. Il faut donc résoudre ce problème. Il n'y a pas de différence avec le business. Si nous n’apportons pas de réponse à ces enjeux, si nous n’en faisons pas des éléments de compétitivité, alors nous savons que nous allons disparaître.

À retenir
Nous avons choisi quatre grandes transitions qui sont à la fois des transitions qui nous éprouvent mais qui sont autant d’opportunités de transformation et de renouvellement de modèles : la transition écologique, dans laquelle entre pleinement la question du transport de marchandises. La deuxième transition concerne le numérique. La troisième transition touche aux enjeux démographiques. Enfin, la quatrième est celle que nous avons appelée la transition territoriale. Elle est très importante à nos yeux car les territoires sont dans nos chairs. Ils sont les fondements de l’Histoire de La Poste.

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