GREEN ECONOMY

Face à l’urgence des enjeux climatiques, l’Etat et les entreprises privées se lancent dans des innovations sociales au service du climat. Gros plan sur deux initiatives marquantes : la création de Mobilize, par Renault, et de La Ressourcerie du BTP, par le groupe Vinci.

En septembre 2020, le gouvernement dévoilait son plan de relance doté de 100 milliards d’euros, dont 30 milliards consacrés à la transition écologique. Cette relance verte va-t-elle réellement rapporter comme annoncé un « double dividende », à savoir créer des emplois tout en protégeant l’environnement ?

Pour l’Ademe, sur la base des simulations élaborées par l’Institut pour l’économie du climat (I4CE) en avril 2020, la réponse est positive. Selon les modélisations macro-économiques réalisées par cette agence de la transition écologique, la lutte contre le changement climatique entraîne des créations d’emplois dans les filières vertes bien supérieures aux destructions de postes dans la branche des énergies fossiles et des filières énergivores. Les gains nets d’emplois se monteraient ainsi à 400 000 à l’horizon 2025 et à 680 000 en 2030 par rapport au scénario tendanciel (que l’on qualifie aussi de « business as usual »).

L’augmentation des dépenses publiques liées à la relance verte (augmentation du montant des subventions versées, coût de l’isolation des bâtiments publics…) serait, elle aussi, compensée par la croissance des recettes liée au regain d’activité. Cela permettrait de réduire progressivement le ratio de dette publique de 2,4 points de PIB en 2025 et de 6,7 points de PIB en 2030 par rapport au scénario de référence.

Les secteurs d’activité qui en tireraient le plus profit seraient liés à la rénovation énergétique (résidentiel et tertiaire, qu’il soit privé ou public), la mobilité (transports collectifs urbains, réseaux ferroviaires, aménagements cyclables ou piétonniers…) et l’électricité renouvelable.

Mobilize : une activité entièrement dédiée à la mobilité décarbonée

L’innovation sociale au service du climat n’est pas l’apanage de la seule force publique et de ses investissements massifs, les entreprises, elles aussi, lancent des initiatives qui sortent du lot, comme l’attestent deux exemples marquants. Tout d’abord, le lancement de la marque Mobilize par Renault, qui entend transformer les usages des particuliers et des entreprises en matière de mobilité.

Début 2021, le constructeur automobile a lancé sa quatrième marque, Mobilize, en complément de Renault, Dacia et Alpine. Entièrement dédiée à la mobilité, cette nouvelle activité ne vend pas de véhicule, seulement de l’usage. Dans le cadre du plan stratégique du groupe, « Renaulution », Mobilize a pour ambition de générer 20 % du chiffre d’affaires de Renault d’ici 2030, grâce à des services liés à la mobilité, à l’énergie et à la donnée.

« Nous avons une responsabilité collective, dans l'industrie automobile, pour rendre nos solutions de mobilité plus durables et réduire les émissions de CO2. Atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 est un objectif majeur pour Renault Group et Mobilize a un rôle important à jouer dans sa réalisation », indique Clotilde Delbos, directrice générale de Mobilize.

Pour les entreprises, Mobilize propose la conversion de flottes thermiques vers l’électrique, l’introduction de véhicules en autopartage dans les flottes existantes, la mutualisation des parcs automobiles entre différentes entreprises et organisations, et la mise à disposition de flottes de véhicules en autopartage à destination de la clientèle de ces entreprises.

La nouvelle marque offre également une gamme de produits destinés aux professionnels, notamment les taxis et VTC, par le biais de ses start-up partenaires. Dès le second semestre 2022, une nouvelle berline électrique Limo sera commercialisée. Elle sera disponible sous forme de forfaits flexibles incluant le véhicule et des services en matière de garantie constructeur, d’entretien, d’assurance et de solutions de recharge.

Pour les particuliers, il y a Mobilize Share (anciennement Renault Mobility), un service de car-sharing en libre-service ou en agence permettant de louer des véhicules Renault ou Dacia pour quelques heures ou semaines. Mobilize offre également des services connectés comme l’application Mobilize Charge Pass, qui donne accès à un réseau de plus de 260 000 points de charge à travers 25 pays d’Europe, ou bien encore l’application, Mobilize Smart Charge, qui pilote la recharge des véhicules électriques au domicile de leurs propriétaires en tenant compte des pics de production et de consommation d'électricité.

Avec toutes ces composantes, l’offre Mobilize apporte non seulement des solutions technologiques à même de réduire les émissions de CO2 mais aussi, et surtout, les services permettant de faciliter leur appropriation aussi bien par les organisations que par les particuliers. C’est là la clé des innovations à la fois sociales et environnementales : elles doivent favoriser les changements de comportements vertueux.

La Ressourcerie du BTP : un pur produit intrapreneurial

C’est ce qu’a compris Héloïse de Bokay, ingénieure environnement chez Vinci, qui a lancé en 2020 La Ressourcerie du BTP, plate-forme de référencement et de réemploi de matériaux déposés lors de chantiers de déconstruction. Son principal objectif est de lutter contre le gaspillage en permettant aux entreprises en charge des chantiers de déconstruction de trouver un débouché et d’être informées de la bonne manière de préparer et évacuer leurs matériaux ; et aux entreprises qui construisent de disposer de matériaux prêts à l’emploi et bien référencés.

Le projet a débuté par un groupe de travail créé par Héloïse de Bokay avec six de ses collègues pour réfléchir à la seconde vie des produits envoyés au rebut. Il a ensuite été sélectionné dans le cadre du Parcours intrapreneurs de Leonard, l’incubateur du groupe Vinci, en novembre 2019.

Après une phase de maturation et de perfectionnement de la « proposition de valeur », au cours de laquelle l’équipe est allée à la rencontre de ses prospects, se confrontant ainsi au marché et identifiant les premiers clients auprès desquels tester l’offre, le projet est ensuite entré en phase d’accélération, avec un accompagnement renforcé pendant quatre mois à temps plein, avant le lancement officiel.

« La plus grande difficulté pour un projet d’économie circulaire est de trouver le business model qui permette d’être rentable, tout en changeant le marché dans lequel on intervient, en impulsant de nouvelles pratiques moins destructrices des ressources et moins polluantes. La conception de l’offre a énormément évolué au fil des mois, suite à des entretiens des différentes parties prenantes de la solution », déclare Héloïse de Bokay dans une interview publiée sur le site de Leonard.

On le voit, même si les innovations sociales au service de la cause environnementale sont peu nombreuses, elles sont à la fois riches par leur contenu et pointues dans leur approche. Deux conditions indispensables si l’on souhaite casser les codes et renverser les habitudes établies.

À retenir
L’innovation sociale au service du climat n’est pas l’apanage de la seule force publique et de ses investissements massifs, les entreprises, elles aussi, lancent des initiatives qui sortent du lot. Si elles restent encore peu nombreuses elles doivent malgré tout favoriser les changements de comportements vertueux.

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