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TECH ECONOMY

Crise sanitaire, migration vers le cloud, vieillissement des systèmes legacy, traçabilité des investissement, green finance, concurrence des néobanques et des fintech... Les enjeux auxquels sont confrontées les banques traditionnelles sont très nombreux. La maîtrise de la donnée apparaît comme un des principaux leviers pour y faire face. 

Catherine Philippe, Associée KPMG, IT Financial Services nous livre son analyse sur la transformation data du secteur bancaire.

Quels nouveaux défis technologiques voyez-vous émerger pour le secteur bancaire à l’aune de la crise sanitaire que nous vivons, notamment en matière de système d’information ?

Dans le contexte actuel de crise sanitaire, les banques sont particulièrement vigilantes vis-à-vis des cyberattaques. Le fait qu’un certain nombre de leurs collaborateurs soient en télétravail peut créer des vulnérabilités dans leur réseau et dans leurs processus internes. Des accès distants ou aménagés à certains back-offices ont été créés pour certains collaborateurs et les lignes de défenses doivent être adaptées à ce nouveau contexte.  

Par ailleurs, la forte augmentation du nombre de paiements sans contact (+59 % entre juin 2019 et juin 2020 en France*)  et les changements de comportement peuvent mettre à l’épreuve les dispositifs de contrôle et créer des brèches dans lesquelles les pirates tentent de s’engouffrer. Ne pouvant se permettre d’être confrontées à des intrusions ou des fuites de données, les banques consacrent actuellement à la protection de leur système d’information une grande partie de leurs efforts et investissements. Le régulateur y est d’ailleurs particulièrement attentif.

A plus long terme, un des principaux défis technologiques du secteur bancaire est la transformation autour de la donnée. Les équipes risque et compliance, par exemple doivent renforcer leur profondeur d’expertise dans ce domaine pour maîtriser l’usage de la donnée. Mais pour faciliter cette transformation, plusieurs évolutions technologiques doivent être entreprises telle que la migration progressive vers des infrastructures performantes, hébergées dans le cloud.


Cette migration vers le cloud n’est-elle pas susceptible de créer de nouvelles failles de sécurité ?

Oui et non. Cette migration vers le cloud et, plus globalement, l’externalisation de fonctions critiques, peuvent constituer un risque si les prestataires choisis n’ont pas les niveaux de contrôle interne appropriés. Dans un contexte où tous les établissements sont soumis à une très forte pression sur les coûts, la question de la  solidité des partenariats technologiques et l’importance du suivi de la qualité de service fournie sont cruciales.

D’un autre côté, faire reposer la sécurité des banques sur des systèmes d’information vieillissants, voire obsolètes, pose question. Le secteur bancaire est un des secteurs les plus régulés qui soit, ce qui n’incite pas les acteurs de ce marché à migrer leurs infrastructures vers le cloud. Si le régulateur peut mettre du temps à prendre position sur les sujets d’innovation, ce qui génère une forte inertie, voire une obsolescence à terme des systèmes « legacy ». D’ailleurs que l’obsolescence IT constitue l’un des sujets prioritaires actuels de revue pour le régulateur européen.

La BCE et tous les régulateurs ont pris conscience de l’ensemble de ces enjeux. Elle a d’ailleurs organisé une grande consultation, en octobre dernier, sur la digitalisation des services financiers. Cela devrait favoriser le développement de la Data Science, de l’intelligence artificielle et de la blockchain dans le secteur.  

Les banques seront alors en capacité d’assurer la traçabilité des investissements ou des financements « responsables » que leurs clients ou elles-mêmes réalisent, ce qui est un autre défi technologique – un de plus – qu’elles doivent relever. Enfin, elles seront sommées de maîtriser, voire de réduire, l’empreinte énergétique de leurs infrastructures.


Les grands projets de transformations technologiques ne sont-ils pas devenus un élément différenciation décisif compte tenu du contexte concurrentiel actuel ?

Les néobanques et fintech, qui partent d’une feuille blanche pour bâtir leur core banking system, se créent un avantage concurrentiel indéniable par rapport aux acteurs traditionnels dont le SI est composé de multiples couches historiquement empilées les unes sur les autres. Elles disposent d’une très forte agilité, utilisent les toutes dernières technologies disponibles et créent une vraie proximité avec leurs clients, en adéquation avec les usages actuels.

Mais elles se heurtent encore au « mur » du contrôle interne et de la règlementation bancaire. On ne devient en effet pas tiers de confiance du jour au lendemain. Le niveau de sécurité très élevé qui est exigé reste encore l’apanage des acteurs traditionnels, même si quelques néobanques ou fintech sont parvenues à franchir le cap.

Quelles sont les principales innovations du secteur ?

Les néobanques et fintech, qui partent d’une feuille blanche pour bâtir leur core banking system, se créent un avantage concurrentiel indéniable par rapport aux acteurs traditionnels dont le SI est composé de multiples couches historiquement empilées les unes sur les autres. Elles disposent d’une très forte agilité, utilisent les toutes dernières technologies disponibles et créent une vraie proximité avec leurs clients, en adéquation avec les usages actuels.

Mais elles se heurtent encore au « mur » du contrôle interne et de la règlementation bancaire. On ne devient en effet pas tiers de confiance du jour au lendemain. Le niveau de sécurité très élevé qui est exigé reste encore l’apanage des acteurs traditionnels, même si quelques néobanques ou fintech sont parvenues à franchir le cap.

Innovation autour de la donnée
Les innovations sont tout d’abord centrées autour de la donnée. De nombreux datalakes sont créés, des équipes de data scientists voient le jour dans les fonctions risque, finance et conformité. L’enjeu est de professionnaliser les équipes et d’acquérir toujours plus d’efficacité grâce au big data, surtout en matière de conformité. Dans le contexte de réduction des coûts dont je parlais précédemment, les banques doivent automatiser au maximum ces tâches pour éviter que leurs marges ne s’érodent trop fortement.
Les monnaies numériques
La création de monnaies numériques est une autre grande thématique d’innovation. La banque centrale chinoise travaille depuis plus de deux ans déjà sur l’émission d’une Monnaie Digitale de Banque Centrale (MBDC) également appelée « digital yuan ». Mais il a suffi que Facebook annonce travailler sur sa propre cryptomonnaie, le Libra, pour que tous les régulateurs du monde se mobilisent sur le sujet. Les Big Tech inquiètent réellement les banques traditionnelles tant la puissance de la data qu’elles possèdent et leurs bases clients gigantesques peuvent leur conférer un avantage concurrentiel colossal.
Les technologies blockchain
Les technologies blockchain vont devenir incontournables dans les années qui viennent. Les enjeux sont nombreux : Elles permettent de créer des plateformes de services bancaires favorisant la traçabilité et transparence des opérations (Trade Finance notamment). Elles permettent également le développement des actifs numériques. Dans cette catégorie « actifs numériques », il faut comprendre le bitcoin et les cryptoactifs mais aussi la digitalisation d’autres actifs financiers (Actions, Obligations,..) ou la création de nouveaux produits grâce à ces technologies (Utility ou Security Token). Elles constituent un élément essentiel de la digitalisation du secteur de la finance.
À retenir
Les innovations sont tout d’abord centrées autour de la donnée. Les Big Tech inquiètent réellement les banques traditionnelles tant la puissance de la data qu’elles possèdent et leurs bases clients gigantesques peuvent leur conférer un avantage concurrentiel colossal. Les technologies blockchain vont devenir incontournables dans les années qui viennent tant qu'elles constituent un élément essentiel de la digitalisation du secteur de la finance.

En tant que cabinet de conseil, qu’est-ce que cela signifie en termes de missions et d’accompagnement de nos clients ?

KPMG a déjà une expérience forte dans le domaine de la « data ». Cela nous permet d’accompagner nos clients dans le cadre de différentes missions : constitution d’équipes de data scientists, appropriation des outils clés, mise en place de la gouvernance et des processus ad hoc, transformation de la fonction risque au travers notamment des nouveaux usages de la donnée,...

KPMG se positionne aussi, bien évidemment, sur la réglementation, grâce notamment à notre bureau « BCE Office » situé au plus près du régulateur, à Francfort.


Cette structure est unique dans le métier du conseil et nous permet d’être très précis quant aux attentes du régulateur. Grâce à l’expertise de ses collaborateurs, le BCE Office est en mesure d’accompagner efficacement tous les acteurs sur les dossiers réglementaires les plus récents (nouveaux agréments, position du régulateur par rapport à certaines technologies, à l’expositions aux risques climatiques ou technologiques...).

Enfin, nous en avons parlé précédemment, les problématiques de confidentialité et de sécurité des données sont omniprésentes. Les écueils dans lesquels certains géants comme Google tombent régulièrement, ce qui leur vaut des amendes qui atteindront probablement des records, doivent être anticipés et évités. Je dis souvent que la donnée personnelle est une matière « radioactive »: elle est puissante mais il faut donc la manier avec beaucoup de précautions et de responsabilité.


Sources et références

* Le nombre de paiements sans contact a progressé de 120 % en valeur et de 59 % en nombre en juin 2020, par rapport à juin 2019, selon l’Observatoire des cartes bancaires cité par le Monde

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