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ETHICAL ECONOMY

Si la crise sanitaire ouvre pour certaines entreprises de nouvelles opportunités, elle fragilise dans bien des cas structures financières et modèles d’affaires. Et pour nombre d’entre elles, la restructuration s’impose comme la seule solution raisonnable.


Les spécialistes du restructuring font face à une demande inédite, innovent et se réinventent pour aider l’économie à affronter l’épreuve qu’impose le virus. Ils offrent de nouveaux appuis de résilience aux entreprises devant s’adapter aux transformations environnementales et sociales. Echanges avec Baréma Bocoum, Associé, Head of Restructuring de KPMG France et Julien Sortais, Directeur Restructuring.

En quelques mots, comment définiriez-vous le restructuring ?

Baréma Bocoum : Notre vision du restructuring, ce n'est pas tant accompagner des entreprises en difficulté que de sauver des actifs, donner de nouvelles perspectives, rétablir de la valeur. Nous faisons un métier qui s’inscrit dans l’urgence des situations économiques que nous rencontrons.

Ce sont des moments souvent durs et difficiles pour les entrepreneurs que nous aidons. Il faut répondre à cela par une grande maîtrise technique et par un accompagnement humain sensible, à hauteur d'homme. Et c’est ce que nous faisons. Ces derniers mois, nos équipes ont participé à la préservation de plusieurs milliers d’emplois. Notre mission est cruciale pour le tissu économique. 

Quel est le contexte actuel du secteur ?

Baréma Bocoum : Avec la crise de la Covid 19, la consolidation financière va être incontournable pour un grand nombre d’entreprises qui vont devoir à la fois faire face à l'amoncellement de leurs dettes, et investir pour s'adapter au changement inévitable de leur activité. Beaucoup doivent réviser leur stratégie, ou faire évoluer leur business model. En effet, les modes de vie et de consommation, ou encore le rapport au digital, évoluent en accéléré. De fait, sous la pression des consommateurs, bon nombre de secteurs comme le retail - notamment la fast fashion - la restauration, l’hôtellerie, le tourisme ou encore l’aéronautique sont amenés à se transformer rapidement ou disparaître.

Julien Sortais : Nous anticipons déjà un volume important de défaillances. Nous en avons enregistré 30 000 en 2020, en retrait de 40% par rapport à 2019 qui s’explique grâce aux aides de l’Etat, mais un récent rapport d’Euler Hermès estime que le nombre de défaillances en France devrait se situer autour de 50 000 en 2021, puis 60 000 en 2022, soit 20% au-dessus du niveau d’avant crise. Compte tenu de la vague de défaillances anticipée, l’enjeu social va devenir un enjeu sociétal. Il faut tout faire pour maximiser les chances de reprises des activités en difficulté.

Comment le restructuring se réinvente-t-il face à la crise ?

Baréma Bocoum :  Les activités liées au restructuring ont ralenti en 2020. Mais nous avons su nous réinventer et nous adapter, en accompagnant nos clients pour bénéficier du plan de relance et des mesures d'accompagnement gouvernementales qui leur étaient proposées.

Nous avons aussi fait le choix de l’innovation sur le marché du restructuring, notamment sur le plan technologique – en développant une solution qui s’appuie sur l’intelligence artificielle, le robot « Blue ». Surtout, nous avons développé la complémentarité de nos offres, et avons ainsi préservé nos équipes, sans les redimensionner, mais en faisant évoluer les compétences sur de nouvelles offres. Cela nous permet de disposer d'une équipe solide et expérimentée, parfaitement préparée pour accompagner les entreprises quand vont s’affirmer durablement les conséquences de la crise.

À retenir
Faire le choix de l’innovation sur le marché du restructuring, notamment sur le plan technologique – en développant une solution qui s’appuie sur l’intelligence artificielle, le robot « Blue » est un moyen pour KPMG de disposer d'une équipe solide et expérimentée, parfaitement préparée pour accompagner les entreprises quand vont s’affirmer durablement les conséquences de la crise.

Combien d’entreprises sauvez-vous de la liquidation ?

Baréma Bocoum : Ce n’est pas tant le nombre d'entreprises auprès desquelles nous intervenons qui est important mais plutôt notre capacité à identifier les facteurs clés de succès à la barre du tribunal. Nous avons d’ailleurs conduit une étude qui fait référence à ce sujet, dessinant les profils qui peuvent gagner.

Julien Sortais : Chaque année, en France, les deux tiers des 250 entreprises ouvrant un plan de cession font l’objet d’une seule offre de reprise. Ce faible attrait s’explique par le manque d'information, de temps et de dispositifs de recherche de repreneurs qualifiés. En pratique, un repreneur dispose d'un délai très court (2 mois) pour se positionner, et l'information financière et juridique est plus pauvre et dégradée qu'en situation normale. Il est donc difficile, pour les éventuels repreneurs de prendre une décision éclairée. Et c'est précisément pour cela que nous avons développé "Blue", le robot innovant pour répondre aux enjeux d’entreprises en Distressed M&A.

Qu’est-ce que « Blue » et comment accélère-t’il les processus de restructuration ?

C’est un algorithme capable d’analyser instantanément des milliers de données. Il a été intégralement développé par nos data scientists et il est unique sur notre marché. L'idée, c'est de faire exactement ce que faisaient nos collaborateurs manuellement lors des missions de Distressed M&A. Sauf que Blue va beaucoup plus vite et peut analyser une quantité de données bien plus importante : son algorithme repose sur l’analyse approfondie de plusieurs milliers de deals. Par ailleurs, le système de scoring utilisé est "vivant" : plus notre équipe élimine les mauvaises interprétations, plus l'algorithme s’autocorrige et devient performant. Grâce à Blue, nos équipes peuvent se concentrer pleinement sur leur rôle de conseil et d’accompagnement clients. C’est essentiel, car les processus M&A restent souvent réservés à des sociétés de taille significative dont les enjeux économiques et sociaux sont forts. La puissance et l’ancrage local du réseau KPMG, associés à ce nouvel outil d’intelligence artificielle, permettent d’adresser les besoins d’entreprises qui bénéficient rarement d’une recherche qualifiée de repreneurs potentiels.

Comment envisager le restructuring de 2021

Baréma Bocoum : La plupart des secteurs ont été bousculés par la crise et le seront encore. Les outils du restructuring peuvent en réalité être utiles à un très large éventail d'entreprises. De bonnes habitudes se prennent, par conséquent, inspirées par ce qui forme la base du travail de restructuring : restaurer la valeur et impulser des stratégies de retournement pour transformer les risques en opportunités, se focaliser sur le cash qu’il faut monitorer à un horizon de plus en plus court terme à mesure que les difficultés s’amplifient, adapter l'outil productif et l’ensemble de la chaîne de valeur...  Nos outils peuvent être mobilisés pour reconstruire de la valeur et aider les entreprises à être plus agiles, plus résilientes.

À retenir
Chaque année, en France, les deux tiers des 250 entreprises ouvrant un plan de cession font l’objet d’une seule offre de reprise. Blue a précisément été développé pour répondre aux enjeux d’entreprises en Distressed M&A.

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