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L’Unicode Consortium : vers un rôle politique ?

L’Unicode Consortium : vers un rôle politique ?

[Décryptage - Entreprises & Economie]

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« Bonne journée »

Quand on trouve ce genre de formule de politesse à la fin d’un mail, on corrige spontanément. Souvent on se demande aussi qui est à l’origine de la coquille : la messagerie de notre correspondant ou la nôtre ? Et l’on se dit que les messages que l’on émet soi-même parviennent peut-être dans le même état à leurs destinataires. Bref, petite cause, grands effets : on est perturbé par cet é importun.

Si un tel incident d’affichage se produit, c’est parce que le message est numériquement codé à l’émission en UTF-8 (Universal Character Set Transformation Format 8 bits) alors qu’il est accidentellement décodé à la réception en ISO-8859-1.

L’UTF-8 est le système universel de codage des caractères : il permet de coder l’ensemble des alphabets en usage dans le monde. L’ISO-8859-1 est le système de codage de l’alphabet latin. Il présente l’avantage d’être deux fois moins lourd sur le plan digital que l’UTF-8. Les messageries s’adaptent à l’un ou l’autre. Mais, pour de multiples raisons, il peut arriver qu’elles interprètent mal le système de codage du message entrant. C’est alors qu’apparaissent des déformations du type « Bonne journée », où é, qui code « é » en UTF-8, n’a pas été convenablement interprété par la messagerie du destinataire.

De telles erreurs sont cependant rares. Cette qualité de service, les utilisateurs la doivent à l’Unicode Consortium, une association à but non lucratif réunissant depuis 1991 toutes les parties prenantes – publiques et privées – pour assurer la normalisation du codage informatique des alphabets du monde. L’Unicode est en charge de la standardisation du code des quelque 140 000 caractères (minuscules, majuscules, maigres, gras) en usage sur la planète, autant au niveau de l’UTF-8 que – en association avec d’autres acteurs de la standardisation – à l’égard des dispositifs régionaux de type ISO-8859-1.

A vocation universelle, l’Unicode Consortium ne se limite pas aux alphabets traditionnels. Il prend aussi en compte les nouveaux langages qui se développent autour des émoticônes. Dans le dispositif UTF-8, les émoticônes sont en effet des caractères comme les autres. Chacun est affecté d’un code standardisé au même titre que les voyelles et les consonnes : U+1F60D est le populaire smiley au yeux en forme de cœur 😍, U+1F62A est celui qui laisse percer une larme 😪.

Inventées pour traduire la variété des humeurs, les émoticônes sont aujourd’hui sollicitées pour exprimer la diversité des situations humaines. En 2019, une cinquantaine de nouveaux symboles feront ainsi leur apparition dans l’UTF-8, notamment autour du thème de l’inclusion, avec des émoticônes spécifiques aux personnes malentendantes, malvoyantes ou à mobilité réduite.

D’une vocation exclusivement technique à l’origine, l’Unicode Consortium est aujourd’hui confronté à des enjeux sociétaux : à quelles minorités faut-il attribuer des émoticônes différenciées ? faut-il en accorder à certains courants de pensée ? Face à la complexité de ces questions de nature potentiellement politique, d’aucuns se demandent si la structure associative du consortium restera durablement adaptée.

L’Unicode Consortium : vers un rôle politique ?

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