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Si l’exploration du vivant pour éclairer et inspirer les pratiques humaines n’est pas un phénomène nouveau, il a pris ces dernières années une ampleur nouvelle et semble gagner du terrain aussi bien auprès des acteurs publics que du secteur privé et des entreprises de toutes tailles. Théorisé en 1998 par la scientifique américaine Janine Benyus, le biomimétisme consiste à s’inspirer de l’ingéniosité des mécanismes et des propriétés des organismes vivants.
En raison de son caractère multidisciplinaire et de ses champs d’applications très vastes, et parce qu’il vise un impact environnemental positif, il s’est imposé comme une démarche à fort potentiel économique. Le marché mondial du biomimétisme, est estimé à $18,50 milliards d’ici 2028 selon l’Institut BIS Research, et ouvre donc de belles perspectives de développement pour toutes les industries et secteurs d’activité.





Le Biomimétisme comme réponse aux nouveaux enjeux économiques, environnementaux, climatiques et sociétaux

Le monde d’aujourd’hui est secoué par des défis environnementaux et sociétaux majeurs, tels que le changement climatique, la raréfaction des ressources, l’effondrement de la biodiversité, les crises financières et économiques, ou encore les nouvelles révolutions industrielles et technologiques impactant les métiers.

Pour les entreprises, cela se traduit par des environnements de plus en plus instables, des prises de décisions complexes, des processus de moins en moins productifs.

Les incertitudes liées à la crise sanitaire actuelle nous incitent plus que jamais à adopter une pensée systémique, en d’autres termes, une façon d'envisager la réalité avec toutes ses interconnexions, et de favoriser l'interdisciplinarité et la fertilisation croisée de connaissances. Or c’est sur ces principes que repose le biomimétisme qui apparait donc comme une voie intéressante à exploiter pour répondre à ces nouveaux enjeux.

En effet, par construction les systèmes vivants intègrent, tel un cahier des charges, les contraintes inhérentes à leur environnement naturel dans une perspective de survie sur le long terme.

Ces stratégies d’adaptation, fruits d’une « R&D de 3,8 milliards d’années », peuvent à l’évidence nous aider à repenser nos doctrines de développement par des leviers d’innovations inspirés de la résilience du vivant.

Des cas d’applications variés dans les processus d’innovation

Le biomimétisme fait apparaître un nouveau paradigme de développement sociétal qui repose sur l’environnement, la biodiversité et la sobriété de consommation.

Ses applications concrètes ont bel et bien évolué en conséquence. Autrefois limités à une simple inspiration des formes de la nature pour la création de nouveaux produits, les pionniers du biomimétisme vont aujourd’hui bien plus loin dans la démarche et s’intéressent à la structure même de la matière, aux matériaux et à leurs propriétés, aux processus de création de certains éléments, au fonctionnement d’un organisme, ou encore aux interactions et comportements entre espèces ou avec leurs écosystèmes, etc.

La nature peut ainsi inspirer aussi bien des procédés, par exemple la séquestration du CO2 atmosphérique,  que des modèles ou systèmes complets (par exemple, le fonctionnement de l’économie circulaire).

Dès lors, ses potentialités dans les processus d’innovation apparaissent clairement.

La bio-inspiration, notion connexe au biomimétisme définie comme une approche créative basée sur l’observation des systèmes biologiques, s’impose de plus en plus comme un outil de génération d’idées et de créativité, facilement actionnable dans les organisations.

 Par exemple, une entreprise qui veut mettre en place un système d’élimination de ses déchets peut clairement s’inspirer de l’écosystème des  forêts où les feuilles mortes qui tombent sur le sol enrichissent l’humus et deviennent ressources pour toutes les espèces environnantes.

Les axes de réflexions sont multiples : comment valoriser un déchet ? En changeant sa forme ? peut-il servir à d’autres personnes ? comment privilégier la ré-utilisation ?

Au-delà de l’inspiration, le biomimétisme trouve directement sa place dans les processus d’innovation structurés, et de R&D. Sidney Rostan, Fondateur et CEO de Bioxegy, une agence d’innovation et un bureau d’étude pionnier du biomimétisme en France, a identifié trois potentialités : améliorer des technologies qui existent déjà ; faire sauter les verrous technologiques, c’est-à-dire répondre à une problématique que l’on n’arrive pas à résoudre avec une technologie en l’état ; ou, plus complexe, chercher la disruption en repensant complètement une technologie que l’on a créée.

Par exemple, Bioxegy a récemment accompagné un acteur majeur de la mobilité et des transports en commun, dans l’identification de technologies de ruptures bio-inspirées pour améliorer la gestion des flux voyageurs. De son coté, Renault associé à l’Université d’Evry, optimise la consommation des véhicules hybrides sur le modèle du métabolisme humain.

Trouver un équilibre entre compétitivité et durabilité

Alors que les entreprises doivent plus que jamais trouver le juste équilibre entre rentabilité économique, responsabilité sociale et préservation de l’environnement - comme le montre l’intégration de plus en plus systématique des critères ESG par les investisseurs et agences de notations financières - le biomimétisme peut apporter des réponses particulièrement pertinentes à ces défis.

En effet, ces nouvelles exigences poussent les industriels à favoriser les innovations de ruptures et incitent les responsables Innovation et R&D à repenser ou concevoir des modèles plus sobres, moins consommateurs de ressources, et qui prennent pleinement en compte les impacts et la façon dont ils s’inscrivent dans leur environnement.

L’Oréal par exemple a intégré le biomimétisme à sa feuille de route stratégique de R&D-Innovation, comme levier majeur pour répondre à ses engagements de développement durable et pour alimenter la réflexion sur sa raison d’être.  L’entreprise a ainsi désigné un noyau dur moteur d’innovation biomimétique, les Biomim’ Angels (cycles de formation pour les métiers, développement en continu de la méthodologie etc.). L’objectif étant d’essaimer une démarche en interne au sein de toutes les directions.

Le biomimétisme se veut durable, et pourrait s’imposer comme un moyen privilégié d’amorcer notre transition écologique, en proposant des solutions vertes, soutenables, sans pour autant mettre de côté les performances économiques ou techniques. Ainsi ADVtech a mis au point une solution d’éoliennes inspirée de la nage des poissons permettant de pallier aux problèmes des éoliennes actuelles (en particulier la nuisance du bruit aérodynamique ) avec un rendement aussi élevé que celui des éoliennes conventionnelles les plus performantes.

Poussé un cran plus loin, le biomimétisme pourrait accélérer la transition vers de nouveaux modèles économiques et de société, et être la voie pour accompagner les entreprises vers des business models rénovés. La perma-économie par exemple transpose les principes de la permaculture à l’économie en général et vise une production de valeur nette positive, compatible avec les limites de la biosphère. Pour les entreprises, elle pourrait offrir un cadre stratégique clair et orienté action pour construire les business models de demain.

L’économie symbiotique*, la comptabilité écologique sont autant de modèles et outils amenés également à se développer dans les prochaines années.

 

*Un modèle économique régénératif qui affirme la possibilité de développer une relation symbiotique (c.a.d de croissance mutuelle) entre des écosystèmes naturels prospères et une activité humaine intense


Si le biomimétisme a démontré sa capacité à être une réelle source d’innovation durable et positive pour les entreprises, cette démarche n’a de sens que si elle reste s’intègre dans la stratégie plus globale de l’organisation, et qu’elle y associe toutes les parties prenantes, externes, internes, les disciplines et l’ensemble des métiers.