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Les prestataires financiers sur la difficile voie de la durabilité

Communiqué de presse: Clarity on Sustainable Finance

Au sein du secteur financier, l’actuel débat sur le climat a nettement accru l’importance du thème de la durabilité. La crise du coronavirus n’a pas freiné cette évolution, bien au contraire. Les prestataires financiers lancent de plus en plus souvent des produits visant à satisfaire de fortes exigences écologiques et sociales au-delà des aspects financiers. Toutefois, nous manquons encore ici de normes uniformes et contraignantes. Les instituts financiers adoptent donc des approches très variables en matière de durabilité, ce qui vient brouiller la transparence pour les investisseurs.

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Contact pour les médias

Dominik Weber

Head of Media Relations

KPMG Switzerland

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Clients privés et investisseurs sont de plus en plus à la recherche de placements financiers durables. La forte augmentation du volume de placements durables en Suisse au cours de ces dernières années en témoigne. Un coup d’œil sur les chiffres de Swiss Sustainable Finance (SSF) révèle ainsi que le volume de placements s’est multiplié par dix entre 2014 et 2018 (de CHF 71 milliards à CHF 717 milliards). Sur ce chiffre, quelque 90% sont à mettre sur le compte des investisseurs institutionnels. Mais comme le montre la toute dernière étude de KPMG «Clarity on Sustainable Finance», des normes uniformes font encore largement défaut pour la mesurabilité et l’établissement de rapports dans le domaine du développement durable. Résultat: les instituts financiers décident eux-mêmes si et comment ils souhaitent intégrer des aspects de durabilité dans leur modèle commercial. Les approches des instituts face à la durabilité sont donc extrêmement différentes. Pour l’investisseur, cela induit une possibilité de comparaison insuffisante entre les placements vantés comme étant «durables». La prise de conscience accrue de la fragilité de notre système économique suite à la crise du coronavirus devrait mener à une prise en considération plus forte des risques de marché d’ordre non financier.

La réglementation comme force motrice

Partout dans le monde, chez de nombreux acteurs de marché, il apparaît de plus en plus clairement que les marchés des capitaux eux-mêmes ne sont pas en mesure d’allouer les ressources permettant de soutenir l’atteinte des objectifs climatiques. Dans ce cadre, une réglementation s’avère nécessaire pour corriger les défaillances du marché. L’Union européenne, avec son «Action Plan on Sustainable Growth» et son «Pacte vert pour l’Europe», met actuellement en œuvre le plan le plus ambitieux et le plus vaste au monde pour la réglementation de divers secteurs. Au travers d’une correction des défaillances du marché, elle entend délibérément développer un effet incitatif. Le secteur financier endosse un rôle clé dans le financement de la transition vers un système économique durable. Compte tenu des effets irréversibles redoutés en matière de réchauffement climatique, l’UE se concentre avant tout sur la limitation des rejets de CO2 et le respect des normes environnementales. Même si l’on ignore encore aujourd’hui dans quelle mesure la crise du coronavirus influera sur l’agenda climatique, les acteurs politiques européens semblent vouloir maintenir l’orientation générale et le calendrier prévu.

En Suisse, le législateur observe les évolutions au sein de l’UE mais ne prévoit pas (encore) de réglementation contraignante dans le domaine financier. «Nous constatons actuellement un très grand nombre d’initiatives de durabilité dans les instituts financiers, ce qui est fondamentalement positif. Toutefois, ces projets s’orientent au choix sur des autoréglementations, sur une réglementation de domaines isolés, ou bien ils s’appuient sur la réglementation européenne, ce qui mène à un véritable «patchwork» de variantes de mises en œuvre», explique Philipp Rickert, Responsable Financial Services de KPMG. «Au vu de la nature mondiale des marchés financiers et de la forte imbrication de l’industrie financière suisse et européenne, nous partons du principe que la réglementation européenne, tout du moins dans ses grandes lignes, deviendra aussi la norme de marché en Suisse.» Cela en grande partie parce que la future réglementation européenne développera un effet extraterritorial dans de nombreux domaines: les sociétés financières helvétiques qui fournissent par exemple des services à des clients de l’UE ou qui gèrent des fonds de placements européens peuvent relever du champ d’application de la réglementation européenne, ou doivent appliquer au moins en partie celle-ci.

Une norme uniforme fait encore défaut

Pour que ces efforts de réglementation déploient efficacement leur effet, les données et l’établissement de rapports revêtent une importance toute particulière. La transparence est ici essentielle pour le fonctionnement de la Sustainable Finance. Il faut disposer d’informations complètes et fiables sur la durabilité pour prendre des décisions de financement adéquates. La priorité va ici aux informations se basant sur les critères ESG (Environment, Social, Governance). La disponibilité, la fiabilité et l’exhaustivité insuffisantes de ces informations sont toutefois des problèmes fondamentaux qui ne pourront pas être réglés à court terme.

Même si bon nombre d’instituts financiers s’efforcent de divulguer davantage d’informations importantes en termes de durabilité, des normes contraignantes font encore défaut ici, ou bien il existe trop de «normes» différentes. L’effet est double: d’une part, certains domaines ne disposent pas encore des données fiables nécessaires pour prendre des décisions de placements durables. D’autre part, l’absence de normes est l’une des raisons pour lesquelles les entreprises ne présentent pas toujours l’ensemble des informations importantes pour les destinataires ou les investisseurs. Compte tenu de la sensibilité aux aspects du développement durable des jeunes générations notamment, la pression visant à ce que les instituts communiquent de façon transparente au sujet des critères ESG va augmenter.

Par ailleurs, l’intérêt porté aux facteurs sociaux et de gouvernance, moins pris en considération jusqu’à présent, s’est accru, notamment en raison de la crise du coronavirus. La crise actuelle a ainsi mis en évidence la fragilité des chaînes de création de valeur de nombreuses industries. Il s’est avéré que les entreprises qui avaient accordé une grande importance à la sécurité et à la santé de leurs collaborateurs, clients et partenaires commerciaux et qui disposaient de processus de décision clairs et efficaces étaient capables de réagir plus rapidement aux mesures de protection contre le coronavirus et d’adapter leurs modèles commerciaux.

Pascal Sprenger, associé de KPMG et spécialiste des questions réglementaires dans le secteur financier, estime que la divulgation d’informations sur la durabilité fera bientôt partie de la norme et que ces informations – comme c’est déjà le cas depuis longtemps dans d’autres domaines – seront contrôlées par des tiers indépendants.

La numérisation ne suffit pas à elle seule

Étant donné que cette intégration des informations sur la durabilité au sein de l’activité de l’entreprise exige un fort volume de données, la numérisation devrait encore donner un coup de pouce supplémentaire à la Sustainable Finance. Notamment parce que les jeunes générations de clients veulent de la transparence sans être confrontés à des montagnes de données. Pascal Sprenger ajoute: «Lorsqu’ils rendent des comptes à leurs clients, les instituts financiers feraient mieux de s’inspirer davantage des interfaces des plates-formes Internet modernes que de recourir aux formes traditionnelles de comptes rendus».

Malgré tout, la réglementation et la technologie ne suffiront pas à elles seules à assurer le succès d’une entreprise dans le domaine de la durabilité. La culture de l’entreprise, tout particulièrement, est le fondement indispensable d’un programme de durabilité crédible de chaque entreprise. L’étude KPMG montre également que les instituts financiers ont principalement un retard important dans la définition de la finalité de l’entreprise et de la responsabilité individuelle. Du fait de l’absence de normes contraignantes et de concepts uniformes, la crédibilité d’un institut financier requiert impérativement une cohérence entre culture d’entreprise, stratégie et concept de durabilité.

Le greenwashing, un risque pour la réputation

«Nous observons que la plupart des instituts financiers adoptent une approche progressive de mise en œuvre de leur programme de Sustainable Finance. Du fait de la forte demande de la clientèle, le «Sustainable Investing» est un domaine classique auquel les instituts accordent rapidement une grande importance. Cette façon de faire peut toutefois conduire à des contradictions au sein de la banque et être considérée comme du corporate greenwashing par le grand public. Les risques inhérents en termes de réputation ne doivent pas être sous-estimés à l’ère des réseaux sociaux», explique Pascal Sprenger, qui préconise de ne pas considérer la durabilité comme un problème réglementaire, mais plutôt comme un élément à part entière de la stratégie d’entreprise.

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