close
Share with your friends

«La prospérité de la Suisse repose largement sur l’ouverture de ses marchés»

Interview avec Erich Herzog

L’augmentation des conflits commerciaux et les incertitudes concernant les futures relations avec l’UE portent un coup à l’attrait de la place économique suisse. Dans le même temps, les élections fédérales ont décidé d’un parlement recomposé. Erich Herzog, membre de la direction et responsable Concurrence et réglementation chez economiesuisse, explique sur quels thèmes doit se pencher le Parlement pour que la Suisse demeure l’un des pays les plus innovants et compétitifs.

1000

Related Content

Erich

Erich Herzog, membre de la direction et responsable Concurrence et réglementation chez economiesuisse

Les élections du Conseil national sont derrière nous (avec encore quelques seconds tours au Conseil des États). Que signifie ce résultat d’un point de vue économique?

Avant tout, il amène de nouveaux interlocuteurs et de nouveaux partenaires. economiesuisse recherche le dialogue avec tous les intéressés afin de sensibiliser aux préoccupations des entreprises et de concourir de la sorte à des conditions économiques optimales. Nous défendons uniquement la politique de projets. Cela signifie également que nous collaborons avec différents partenaires d’alliances en fonction du dossier.

D’un point de vue libéral, les revendications favorables à l’économie devraient avoir plus de mal à se faire entendre du fait du résultat électoral. Comment souhaitez-vous agir contre cette tendance? L’opération séduction d’economiesuisse n’a que partiellement porté ses fruits pendant la dernière législature, en dépit d’une majorité théoriquement bourgeoise, tout du moins au Conseil national.

Nous devons nous préparer à ce scénario. De façon ponctuelle, il se peut qu’il soit encore plus difficile de trouver des majorités au Parlement. Mais en Suisse, il existe un grand nombre de mesures de corrections et de possibilités de faire valoir ses intérêts. Comme vous le mentionnez, une majorité théoriquement bourgeoise au Conseil national n’est pas la garantie de solutions propices à l’économie. Il est donc essentiel – indépendamment des résultats des urnes – de ne pas perdre de vue le processus politique dans son ensemble et de ne pas se concentrer uniquement sur le Parlement fédéral, voire sur une seule chambre. economiesuisse poursuit cette approche globale de conduite des politiques et accompagne les processus politiques avec professionnalisme de A à Z. Cela se fait souvent de façon discrète, avec grand succès. Dans les cas, toujours plus nombreux, où les préoccupations économiques ne sont pas entendues, la collaboration au sein d’associations professionnelles et d’entreprises, mais aussi la solidarité des différents secteurs, prennent de plus en plus d’importance. De larges alliances s’imposent afin d’accroître la force de pénétration, la crédibilité et la visibilité.

Dans le «Global Competitiveness Report» du Forum économique mondial (WEF), la Suisse n’est plus aux premières places. Comment expliquer ce phénomène?

La place économique suisse est effectivement soumise à une forte pression en comparaison internationale. Globalement, la dernière législature a géré le statu quo. Les projets d’avenir et les réformes urgentes n’ont pas été lancés, ou bien ils ont été abandonnés à mi-chemin. Faute de mesure prise pour y remédier, la compétitivité du site et la capacité concurrentielle des entreprises en souffrent. La cause se situe en grande partie dans la densité réglementaire toujours croissante, à une rapidité bien supérieure à celle d’autres pays. Pour les entreprises, il s’agit d’un fardeau administratif et financier de plus en plus lourd. On peut ici identifier une dynamique clairement négative: avec des interventions réglementaires incessantes, des revendications semblant opportunes sur le plan politique sont prises en compte. Et celles-ci se traduisent par un embrouillamini de contraintes de plus en plus dense. Pour éviter cette spirale de réglementations, il faut faire preuve de discipline, mais aussi formuler de nouvelles approches. Au lieu de satisfaire les intérêts particuliers ou de gérer les indignations, le nouveau Parlement doit pratiquer une bonne politique économique.

Dans quels domaines est-il le plus urgent d’agir pour la Suisse?

Il ne s’agit pas d’aspects particuliers mais plutôt d’une globalité des contraintes, qui étouffent l’innovation et l’esprit d’entreprise. Les contraintes réglementaires, qui sont apparues au fil du temps dans différents domaines, ne cessent de se développer et elles annihilent progressivement la marge de manœuvre. Il n’y a pas de vision globale des différents instruments réglementaires.

En mai 2020, la Suisse devrait se prononcer sur l’initiative contre la libre circulation des personnes. Pour l’économie suisse, quelles seraient les conséquences d’une adoption de cette initiative?

À la suite de l’adoption, la Suisse devrait dénoncer l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE. Comme celui-ci est lié, via la clause dite guillotine, aux accords bilatéraux 1, cela mettrait aussi un terme à la voie bilatérale, qui a fait ses preuves. À une époque marquée par les guerres commerciales et le protectionnisme croissant, les entreprises suisses doivent pouvoir compter sur de bonnes relations stables avec leur principale partenaire commerciale. Les accords bilatéraux 1 ont valu à la Suisse des gains de recettes de jusqu’à 4400 francs par an et par habitant. Sans eux, l’économie se voit privée de la possibilité de prendre part au marché unique européen. Et sans cette participation, non seulement les entreprises délocaliseront leur production dans un État de l’UE mais aussi et surtout, elles n’investiront plus en Suisse. Les conséquences sur la prospérité de notre pays seraient extrêmement lourdes.

L’appel à un contrôle renforcé des investissements étrangers par l’État se fait davantage entendre. Quelles sont les chances de voir cette demande aboutir? Un contrôle des investissements par l’État est-il vraiment nécessaire?

Les investissements étrangers sont un facteur de succès fondamental pour l’économie suisse ouverte et fortement imbriquée à l’échelle internationale. L’économie suisse voit donc ces revendications politiques de contrôle des investissements par l’État d’un œil d’autant plus critique. Sans nécessité objective, la Suisse sauterait ainsi dans le train du protectionnisme. Il faut renforcer non pas le contrôle des investisseurs étrangers, mais les conditions-cadres politiques de l’activité entrepreneuriale en Suisse. La prospérité de notre pays repose beaucoup sur l’ouverture de ses marchés et sur la dimension internationale de son économie. Dans ce cadre, la libre circulation des investissements est cruciale. Les investissements directs aident à injecter suffisamment de capital dans l’économie. Ils assurent plus d’un emploi sur dix en Suisse et renforcent la dynamique des exportations, mais aussi l’attrait et la capacité d’innovation du pays.

La dernière révision de grande ampleur du droit de la société anonyme remonte à près de 30 ans. Depuis, on a surtout cherché, au moyen de révisions partielles, à contrer des initiatives populaires peu souhaitables. Dans ce contexte, l’initiative sur les rémunérations abusives ou l’initiative sur les multinationales responsables sont importantes. Où se situe réellement la nécessité d’intervention réglementaire la plus forte?

Le droit de la société anonyme est pour ainsi dire l’épine dorsale du droit économique. Sa modification doit donc se faire sans idéologie ni concession aux thèmes sociopolitiques en vogue. Comme le droit de la société anonyme n’a plus été modifié depuis les années 1990, sa mise à jour et son actualisation revêtent une importance centrale pour l’économie. Des adaptations importantes mais peu spectaculaires, comme les assouplissements dans la capitalisation et la tenue de séances de l’assemblée générale et du conseil d’administration, mais aussi l’instauration d’une sécurité juridique, sont en point de mire. Il s’agissait également de transférer dans la loi, si possible sans modification, l’ordonnance entrée en vigueur à la suite de l’initiative Minder. Dans le cadre des délibérations parlementaires, on a pu voir qu’au-delà de tels thèmes techniques, la politique pouvait être tentée d’intégrer d’autres thèmes dans le projet. Jusqu’ici, les durcissements massifs de l’initiative Minder et la reprise du mécanisme de base de l’initiative sur les multinationales responsables dans le droit de la société anonyme ont pu être évités. 

Contactez-nous

  • Trouvez nos bureaux kpmg.findOfficeLocations
  • kpmg.emailUs
  • Social media @ KPMG kpmg.socialMedia
 

Besoin de nos services?

 

loading image Appel d'offres