Interview avec Stefan Brupbacher - KPMG Suisse
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«Les mesures protectionnistes croissantes m’inquiètent»

Interview avec Stefan Brupbacher

Les tendances à la renationalisation présentes dans presque tous les pays et l’enlisement du débat national concernant l’accord-cadre avec l’UE ont un impact négatif sur l’économie suisse, fortement tributaire des exportations. Stefan Brupbacher explique dans une interview comment les entreprises suisses actives dans l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux font face à ces obstacles.

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Stefan Brupbacher

Stefan Brupbacher, directeur de Swissmem

Swissmem réunit des entreprises de l’industrie suisse des machines, des équipements électriques et des métaux (industrie MEM). De quelle façon jugez-vous leur compétitivité sur le plan national et international?

L’industrie suisse exporte près de 80% de ses produits à l’étranger, dont deux tiers vers l’Union européenne. Chaque jour ouvrable, l’exportation représente plus de 250 millions de francs. Ces chiffres montrent que les entreprises sont exposées à une forte concurrence internationale et qu’elles sont ici capables de faire du bon travail. Des conditions-cadres favorables en matière de politique économique sont essentielles pour la compétitivité internationale des entreprises suisses. En font notamment partie l’accès le plus aisé possible aux principaux débouchés, le marché libéral de l’emploi, les excellentes institutions de formation et de formation continue, l’infrastructure satisfaisante et le cadre fiscal attrayant. La sphère politique suisse doit faire preuve de responsabilité de sorte à préserver et développer ces bonnes conditions-cadres. Il consolidera ainsi la base des 320 000 emplois au sein de l’industrie MEM.

L’industrie MEM est tributaire de l’exportation. Depuis 2018, les États-Unis et ultérieurement l’UE ont appliqué des droits de douane protecteurs pour les importations d’acier et d’aluminium. Quels sont leurs effets et ceux des autres mesures protectionnistes sur les entreprises suisses?

Le volume des exportations suisses d’acier et d’aluminium vers les États-Unis est relativement faible. Ces droits protecteurs n’ont donc pas d’impact très important. Il en va différemment avec l’UE. Les mesures de sauvegarde peuvent potentiellement concerner des exportations d’acier à hauteur d’un milliard de francs. Depuis février 2019, un régime adapté est toutefois en vigueur. L’UE autorise désormais des contingents nationaux, qui sont moins préjudiciables que les anciens contingents globaux. La Suisse ne se trouve donc pas en position avec d’autres États en matière d’importations. Cela améliore en partie la situation, car les exportations d’acier depuis la Suisse peuvent ainsi être mieux planifiées. Toutefois, l’alerte n’est pas pour autant levée. Il reste à voir si les contingents nationaux sont suffisants. Si tel n’est pas le cas, les exportations supplémentaires seront frappées de droits de douane de 25%. Les exportateurs suisses ne seraient alors plus compétitifs sur le marché européen. Globalement, ces mesures protectionnistes croissantes de par le monde m’inquiètent. Ce n’est pas dans l’intérêt d’une économie nationale très dépendante des exportations telle que la Suisse.

Dans quelle mesure les membres Swissmem ressentent-ils les effets des tendances à la renationalisation, telles qu’on peut les observer dans une grande partie de l’Europe, en Chine et aux États-Unis?

L’industrie a toujours eu pour devise d’être proche de la clientèle. C’est aussi dans cette optique qu’il faut considérer les succursales étrangères d’entreprises suisses. Pour elles, c’est la seule manière de répondre aux besoins locaux. Si des sites de clients sont transférés dans un autre pays, les entreprises disposent alors d’une souplesse suffisante pour y faire face.

Quel est le niveau d’urgence et d’importance d’un accord-cadre entre la Suisse et l’UE?

L’UE est de loin le débouché le plus important de la Suisse, en particulier pour l’industrie MEM. Aujourd’hui, avec les accords bilatéraux, nous disposons d’un accès au marché intérieur européen pratiquement sans entrave. Le présent accord-cadre peut consolider et moderniser cet accès. Il s’agit d’un aspect déterminant pour l’investissement des entreprises dans notre pays et la préservation des emplois et de la prospérité de la Suisse. Nous avons besoin maintenant de cet accord-cadre. Des avancées doivent être faites avant la pause estivale. Un report induirait le risque de nouvelles mesures de rétorsion de l’UE. Et puis il y a un changement au sein de la Commission européenne à l’automne. Les cartes seront alors redistribuées au sein de l’UE. Nul ne peut dire si nos atouts seront alors gagnants.

Quelle importance revêt la libre circulation des personnes pour l’industrie MEM suisse?

La libre circulation des personnes fait partie des accords bilatéraux de la Suisse avec l’UE. Pour l’industrie helvétique, il s’agit d’une sorte de réassurance. Les entreprises recherchent d’abord leur personnel qualifié et leurs cadres en Suisse. Du fait du manque croissant de personnel qualifié, cela n’est pas toujours possible. Si elle ne parvient pas à trouver des professionnels ou des profils spécifiques sur le marché intérieur, une entreprise peut recruter sur le marché du travail européen grâce à cette libre circulation des personnes. Une dénonciation de la libre circulation aurait donc des conséquences fatales. En plus de se traduire par un abandon de l’ensemble des accords bilatéraux, elle impliquerait une nette aggravation de la pénurie de personnel spécialisé dans les entreprises.

Dans le cadre de l’initiative «Industrie 2025», Swissmem entend promouvoir la transformation numérique du site de production suisse. Où en sont les entreprises de la branche MEM sur la voie de la numérisation en cours?

La numérisation est une grande chance pour l’industrie suisse. Des enquêtes nous ont indiqué qu’une grande majorité des entreprises s’étaient attelées à cette numérisation et avaient déjà mené de nombreux projets. De plus en plus d’entreprises peuvent accroître leur productivité avec des solutions de numérisation ou encore élargir leur offre en intégrant des prestations numériques. Swissmem soutient les entreprises dans cette démarche au travers de diverses mesures, qui vont des guides orientés sur la pratique aux questions de financement des projets de numérisation, en passant par des offres de formation.

Ici encore, il existe une composante politique. La numérisation est un processus ouvert. L’État doit donc se contenter de prescrire le cadre, en régulant avec beaucoup de retenue. Il convient aussi d’éviter que la numérisation soit invoquée comme prétexte pour restreindre le marché libéral du travail.

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