Interview avec Marina Carobbio - KPMG Suisse
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«La participation des femmes à la politique et à l’économie me tient particulièrement à cœur»

Interview avec Marina Carobbio

La présidente du Conseil national Marina Carobbio nous dévoile quels thèmes lui tiennent particulièrement à cœur en 2019.

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La présidente du Conseil national Marina Carobbio

La présidente du Conseil national Marina Carobbio

Diriger le Conseil national et l’Assemblée fédérale durant une année électorale n’est pas chose facile. Selon quels principes prévoyez-vous de le faire?

Je veux essayer de garantir le fair-play dans les débats. La discussion politique doit être empreinte de respect mutuel entre les membres du Conseil. Chacun a le droit d’exprimer son opinion et d’être écouté – en période électorale également.

Quels thèmes seront pour vous au premier plan en 2019?

La participation des femmes à la politique et à l’économie est un thème qui me tient particulièrement à cœur. Récemment, j’ai eu l’honneur de superviser les élections au Conseil fédéral: deux femmes politiques compétentes, la Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter et la Conseillère fédérale Viola Amherd, ont été élues au premier tour de scrutin. Pour la Suisse et pour nous les femmes, il s’agissait d’un jour historique. Mais dans le même temps, ce n’était là qu’une étape sur la voie d’une véritable égalité des chances, qui se retrouve dans tous les domaines de la vie. Il y a encore beaucoup à faire ici et j’espère y apporter ma modeste contribution.

Autre thème important à mon avis: la cohésion sociale et la proximité de la politique vis-à-vis de la population. En tant que présidente du Conseil national, je souhaite prendre part à de nombreuses manifestations d’associations. Je suis convaincue que l’on doit parler directement aux gens pour comprendre leurs préoccupations et pouvoir les représenter au final. La politique ne doit pas être très éloignée de la population, d’autant plus qu’il existe aussi des minorités et des groupes sociaux qui ne sont pas intégrés directement dans le processus politique et qui ne sont donc guère entendus.

Les relations entre la Suisse et l’UE revêtent une importance particulière. Quels éléments sont essentiels ici?

La Suisse et l’Union européenne travaillent en étroite collaboration dans de nombreux domaines, avec de bons résultats pour les deux parties. Le domaine économique n’est qu’un exemple parmi d’autres, mais il est bien entendu particulièrement important: le volume des exportations de la Suisse vers l’UE en 2014 se montait ainsi à près de 114 milliards de francs, et celui des importations depuis l’UE à 131 milliards de francs.
Une politique européenne active est donc déterminante pour la prospérité en Suisse. La voie bilatérale, qui a porté ses fruits jusqu’à présent et qui a été confirmée plusieurs fois par le peuple dans le cadre de votations, doit être poursuivie. Pour la maintenir mais aussi la renforcer et l’étendre, par exemple sur le marché de l’électricité ou dans le secteur des services financiers, il faut un accord-cadre institutionnel.

Et où se situent les principaux problèmes?

Les mesures d’accompagnement sont à n’en pas douter un point important qui divise en partie fortement. Nous devons continuer d’assurer cette protection, afin de préserver les conditions de salaire et de travail actuellement en vigueur en Suisse des possibles incidences négatives venant de la libre circulation des personnes. C’est pour moi fondamental. Par ailleurs, je trouve important d’impliquer la population le plus tôt possible. Sans son approbation, un accord-cadre ne verra jamais le jour.

Quelle approche pourrait être adoptée?

Les négociations concernent toujours au moins deux acteurs, qui défendent leurs propres intérêts. Ils essaient de trouver une solution convenant aux deux parties. Pour ce faire, il faut communiquer de façon franche et sincère – dans le respect et sans menaces réciproques. Mais il n’existe pas de formule magique ni de recette infaillible. Les négociations entre la Suisse et l’UE sont extrêmement compliquées, car elles touchent à plusieurs domaines et à des intérêts divers.

Quels sont pour vous les autres grands chantiers politiques?

L’un des chantiers est la prévoyance vieillesse. Du fait du départ à la retraite de la génération du baby-boom, l’AVS fait face à des difficultés financières passagères. Nous devons y remédier, mais dans le même temps, les rentes doivent être augmentées pour permettre une vie décente à la retraite. En outre, la couverture d’assurance des nouveaux modèles de travail flexibles doit être améliorée. La situation de départ est délicate, mais je suis convaincue que les actrices et acteurs politiques trouveront ensemble une solution durable. Les dépenses de santé croissantes et le changement climatique sont aussi des thèmes sur lesquels la politique se doit d’apporter des réponses.

Ces derniers temps, la Suisse n’était guère prompte à la réforme: sur les trois grandes réformes de la période législative 2015-2019, la réforme de la prévoyance vieillesse et la réforme fiscale ont été rejetées, la réforme de l’énergie est enlisée d’un point de vue opérationnel. Comment pourra-t-on avoir à nouveau de grandes avancées?

L’histoire politique suisse a régulièrement connu des phases où plusieurs réformes étaient bloquées. Ces phases étaient toujours suivies d’une forte innovation politique. Par ailleurs, il est vraiment typiquement suisse de s’atteler à un problème étape par étape. C’est une façon de faire qui a ses avantages. Je suis par conséquent convaincue que nous pourrons conserver notre haut niveau de vie à l’avenir et que nous serons toujours capables de nous adapter.

Quels sont vos objectifs personnels pour cette année de mandat de présidente du Conseil national?

Comme je l’ai annoncé lors de mon entrée en fonction, je dirigerai le Conseil national en italien. Il ne s’agit pas ici d’un acte purement symbolique. Je souhaite accroître la visibilité de la langue italienne et renforcer celle-ci sur le long terme. Dans un pays regroupant plusieurs langues et cultures, c’est aussi une question de cohésion nationale. Il existe de nombreux parlementaires qui comprennent et qui parlent l’italien. Les Services du Parlement font preuve d’une grande souplesse dans ce domaine et préparent davantage de documents en italien que par le passé. Autre objectif ambitieux: l’encouragement de la participation politique des femmes, qui sont encore sous-représentées. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé, avec plusieurs collaboratrices des Services du Parlement, le site Web «Femmes politiques». Il a pour but d’encourager les femmes à se lancer en politique et à suivre les pionnières qui sont entrées sous la Coupole en 1971. Le site Internet présente notamment la filiation entre les premiers combats pour les droits des femmes en Suisse et les débats actuels pour que l’égalité des sexes entre dans les faits.

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