Traduction française de l'article paru dans le Toronto Star.

L'éclairage jeté par la pandémie sur de nombreux enjeux sociaux amène les donateurs à viser des retombées qui sont mesurables.

La pandémie mondiale de COVID-19, les injustices sociales et les répercussions des changements climatiques transforment la philanthropie au Canada. Les donateurs d'aujourd'hui ne veulent plus seulement aider les personnes dans le besoin immédiat : ils veulent contribuer de façon significative à la résolution des grands problèmes qui touchent la société, tels que la discrimination systémique, l'héritage du colonialisme et l'atteinte de la carboneutralité.

Autrement dit, les donateurs – quel que soit leur niveau de revenu – s'impliquent de manière encore plus importante qu'avant, notamment en demandant aux organismes de bienfaisance de démontrer les retombées concrètes de leurs investissements. En fait, selon le récent rapport de KPMG intitulé Philanthropes perturbateurs, environ les trois quarts des donateurs citent maintenant l'« impact mesurable » comme facteur décisif dans leur choix de causes à soutenir.

De nos jours, les donateurs sont prêts à parfaire leurs connaissances et à en faire davantage pour s'assurer que leurs investissements ont une incidence réelle et mesurable. Ils sont disposés, entre autres, à écouter de nouvelles voix qui remettent en question les idées établies et à tenir compte des principes environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

Ce changement de mentalité est à l'origine d'efforts pour obtenir de nouvelles et de meilleures données afin d'analyser les retombées. Selon l'étude de KPMG, les deux tiers des philanthropes ont adopté l'analyse de données pour évaluer l'incidence de leurs dons; 42 % de ces mêmes répondants demandent une rétroaction formelle de leurs bénéficiaires. En outre, les donateurs apprécient de plus en plus les données sur les retombées pour les aider à prendre des décisions et à réaliser des analyses fondées sur des données probantes.

Malheureusement, bon nombre d'organismes de bienfaisance peinent à fournir des données de qualité et uniformes d'un territoire à l'autre. Ils leur manquent souvent les ressources nécessaires pour répondre à cette demande croissante, ce qui les met à risque.

Conscients du problème, des organismes de bienfaisance et d'autres organismes nationaux de premier plan ont récemment présenté au gouvernement fédéral des recommandations sur la nécessité de modifier les pratiques officielles de collecte de données afin d'accroître la transparence et l'équité au sein du secteur de la bienfaisance.

La réalité des inégalités de financement a été soulignée dans l'étude de 2021 intitulée « Canadian charities giving to Indigenous Charities and Qualified Donees », qui évalue les dons d'organismes de bienfaisance enregistrés canadiens à des « groupes autochtones » en 2018. L'étude révèle que même si les Autochtones représentent environ 4,9 % de la population canadienne, les groupes autochtones ont reçu un peu plus de 0,5 % des montants versés en dons.

La Fondation pour les communautés noires a également réalisé une étude marquante sur la philanthropie qui fournit des renseignements précieux sur les disparités présentes au Canada. En se penchant sur les subventions versées par 40 fondations de bienfaisance en 2017 et en 2018, les chercheurs ont trouvé que seule une maigre portion de 0,7 % des sommes était remise à des organismes au service des personnes noires.

Sans le soutien de donateurs, les organismes de bienfaisance et les organismes sans but lucratif de moindre envergure et sous-financés auront du mal à produire les données qu'on leur demande de plus en plus, ce qui pourrait à nuire encore davantage à leur financement.

Parmi les recommandations faites au gouvernement, il est aussi question d'étendre la définition officielle de « donataire » de la Loi de l'impôt sur le revenu, une mesure qui permettrait d'élargir l'éventail des bénéficiaires de financement.

Pour avoir une incidence réelle sur les grands enjeux sociaux, il est nécessaire de renforcer la collaboration avec les organismes de bienfaisance eux-mêmes et d'autres partenaires essentiels. Notre étude confirme que cette tendance à la collaboration s'accentue. Parmi les philanthropes sondés, 63 % d'entre eux estiment devoir conjuguer leurs efforts et s'associent de plus en plus avec d'autres fondations, philanthropes, entreprises et organismes gouvernementaux dans le but de changer véritablement la donne.

À l'international, le mouvement Giving Pledge (Promesse de don), dont plusieurs Canadiens sont signataires, amène les personnes les plus riches du monde à s'engager à donner la majeure partie de leur fortune à des œuvres de bienfaisance. Il existe aussi des cercles de dons, soit des groupes de donateurs engagés mettant leurs fonds en commun, qui représentent un bon exemple de collaboration efficace.

Les événements des deux dernières années ont mis en lumière les inégalités qui existent dans notre pays, mais aussi l'engagement de nombreuses personnes à faire leur part pour remédier aux problèmes qui sous-tendent ces inégalités. En plein essor, cet esprit conduisant à redonner à autrui peut prendre de multiples formes : outre les dons en argent, on peut également mettre compétences, temps et réseaux sociaux personnels au service d'organisations qui contribuent à changer les choses.

La philanthropie peut être une expérience très enrichissante pour les membres d'une famille et constituer une excellente façon de renforcer leurs liens et de réaffirmer leurs valeurs communes. Donner avec conviction peut également servir à éduquer la prochaine génération de la famille au sujet de la littératie financière et de questions sociétales complexes.

La première étape consiste à définir ce qui est le plus important pour vous et à déterminer qui fera partie de votre parcours philanthropique. Ensuite, informez-vous de manière structurée afin d'approfondir votre compréhension des enjeux tout en apprenant auprès des organismes de bienfaisance et des personnes qu'ils aident. Une fois prise la décision de donner, évaluez avec soin si tous les bénéficiaires éventuels sont traités de manière équitable. Demandez à voir les données qui démontrent l'incidence des activités que vous envisagez de soutenir, mais faites preuve de souplesse et gardez en tête que ces informations peuvent être restreintes ou différer d'un organisme de bienfaisance à l'autre.

Compte tenu des défis que notre époque a à relever, l'adoption d'une mentalité moderne en matière de philanthropie constitue le meilleur moyen de remettre en question les solutions qui renforcent le statu quo et, ainsi, de bâtir un avenir meilleur pour tous.

https://www.thestar.com/business/opinion/2022/01/15/modern-philanthropy-is-challenging-the-status-quo.html

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