Les phénomènes météorologiques extrêmes montrent à quel point le monde est vulnérable au changement climatique. Les prochaines négociations internationales sur le climat qui se tiendront à Glasgow en novembre dans le cadre de la 26e conférence des parties des Nations unies sur le changement climatique, connue sous le nom de COP26, constitueront un tournant décisif dans la lutte pour sauver la planète.

Si les émissions de gaz à effet de serre (GES) ne diminuent pas fortement d'ici 2030, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) des Nations unies a averti que le réchauffement de la planète dépasserait 1,5 degré Celsius au cours des prochaines décennies, ce qui entraînerait la perte irréversible des écosystèmes les plus fragiles et des crises successives pour les personnes et les sociétés les plus vulnérables.1 Nombreux sont ceux qui considèrent la COP26 comme la « dernière chance » de définir des politiques internationales qui empêcheraient la planète de se réchauffer de plus de 1,5 degré Celsius par rapport aux niveaux préindustriels et d'éviter les pires conséquences du changement climatique.2

Le G20, qui regroupe certaines des plus grandes nations militaires au monde, est responsable de près de 80 % des émissions de carbone.3 Si les forces de défense de nombreux pays ont considérablement réduit leur consommation de combustibles fossiles depuis les années 2000, d'autres ont encore beaucoup de chemin à parcourir.4

Les opérations de défense représentent une part importante des émissions totales de dioxyde de carbone des gouvernements. Aux États-Unis, par exemple, les forces armées émettent plus de 56 millions de tonnes métriques d'équivalents CO₂ ‒ soit à peu près autant que les émissions totales d'un pays comme la Serbie ‒, dont près des deux tiers (63 %) émanent des véhicules, navires, aéronefs et autres équipements utilisés dans les combats, les opérations tactiques ou de secours, le maintien de l'ordre, les interventions d'urgence, ou les vols spatiaux.5

Le MDN responsable de la moitie des emissions federales

Au Canada, le ministère de la Défense nationale (MDN), qui gère près de 2,1 millions d'hectares de terres et 20 000 bâtiments, est responsable de près de la moitié des émissions du parc automobile et des installations du gouvernement fédéral6 alors qu'au Royaume-Uni, le ministère de la Défense représente à lui seul 50 % des émissions du gouvernement central.7

Il faudra des décennies – bien au-delà de 2030 – pour réduire l'empreinte écologique des opérations de défense à l'échelle de la planète.

Le débat soulève des questions fondamentales comme : la décarbonisation de la défense peut-elle se faire assez rapidement pour freiner le changement climatique? Quels compromis faudra-t-il faire? Dans quelle mesure est-il possible de décarboniser les capacités de combat ou les capacités essentielles à l'exécution des missions? Jusqu'à quel point les forces armées du monde entier peuvent-elles réduire leurs émissions de gaz à effet de serre sans compromettre leur capacité opérationnelle?

Beaucoup d'autres questions se posent :

  • Quelles attentes les forces ont-elles communiquées aux équipementiers (OEM)?
  • Quel est l'impact environnemental de la fabrication, des essais, de l'utilisation et de l'élimination de divers équipements militaires?
  • La gestion des émissions liées au cycle de vie des équipements et des produits – qu'elles proviennent des matières premières, de la fabrication, du transport, du stockage, de l'utilisation, du déclassement et de l'élimination en fin de vie – est-elle quantifiée de manière appropriée et précise?
  • Les objectifs de carboneutralité sont-ils actuellement pris en compte dans les décisions d'achat de gros équipements à long terme?
  • A-t-on considéré les émissions des équipements qui seront déployés ou utilisés dans les décennies à venir?
  • Les décisions d'achat prises aujourd'hui sont-elles tributaires de technologies à forte intensité de carbone qui retarderont les efforts de décarbonisation?
  • Les réglementations devront-elles être modifiées? Des subventions ou des incitations gouvernementales seront-elles nécessaires pour aider les fournisseurs à atteindre les objectifs de durabilité? De quelle manière les futurs programmes d'innovation ciblant l'efficacité énergétique seront-ils financés?

D'autres enjeux importants entrent également en ligne de compte.

  • Les carburants biologiques ou synthétiques durables utilisés en aviation, les piles à combustible et les véhicules électriques constituent-ils des solutions réalistes et fiables dans les zones de combat?
  • Connaît-on la quantité d'émissions indirectes et les effets environnementaux de ces solutions? Quel est l'impact sur le réchauffement climatique des traînées de condensation laissées par les avions?
  • Quels sont les incidences environnementales sur les terrains d'entraînement militaire, les eaux et les zones d'essai?
  • En fait-on assez en interne pour promouvoir la durabilité et la décarbonisation auprès du personnel militaire? Le programme obtient-il l'adhésion des parties prenantes?

Transition vers des forces de defense durables

Enfin, il faut aussi se demander à combien s'élèvera la facture de la transition vers la durabilité. L'achat de compensations carbone est-il une option? Comment cela sera-t-il perçu par le public?

Et on pourrait continuer longtemps ainsi. La liste de questions est sans fin.

Une approche intéressante consisterait à classer les émissions en deux catégories selon qu'elles sont ou non liées aux capacités essentielles à l'exécution des missions. 

La norme internationale de comptabilité et de déclaration des entreprises, le protocole GHG, peut être utilisée par les organismes gouvernementaux, y compris les forces armées, pour dresser l'inventaire des émissions de GES et élaborer une stratégie de décarbonisation efficace. Le protocole classe les émissions en trois groupes :

  • Émissions de type 1 ‒ émissions directes provenant d'équipements que l'organisme possède ou contrôle (tels que les véhicules hors combat)
  • Émissions de type 2 ‒ émissions indirectes découlant de la production d'énergie achetée, comme le chauffage et la climatisation des bâtiments
  • Émissions de type 3 ‒ toutes les émissions indirectes non comprises dans la catégorie ci-dessus dont l'organisme est indirectement responsable, en amont et en aval de sa chaîne d'approvisionnement.8 Cette catégorie est de loin le plus complexe et nécessite une coordination et une collaboration étroites. 

Et ce n'est qu'un début, car les enjeux de la décarbonisation de la défense sont extrêmement complexes. Le défi est certes énorme, mais il est réalisable et il est urgent d'agir.

1 Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat
2 John Kerry: UK climate summit is world's 'last best chance' - BBC News, , January 28, 2021
2 Cop26: China, India and Russia must 'do more' to tackle climate crisis, says Alok Sharma | The Independent, July 23, 2021
3 Emissions Gap Report, United Nations, December 9, 2020
4 Indefensible: The true cost of the global military to our climate and human security, Transform Defence, Dr. Ho-Chih Lin and Deborah Burton, October 2020
5 Rapports « Comprehensive Annual Energy Data and Sustainability Performance », département de l'Énergie des É.-U., Energy Efficiency & Renewable Energy, 2019
6  Publications « Inventaire des émissions de gaz à effet de serre du gouvernement du Canada », Gouvernement du Canada
7 Rapport « Climate Change and Sustainability Strategic Approach », ministère de la Défense du R.-U., 30 mars 2021
8 GHG Protocol, World Resources Institute and the World Business Council for Sustainable Development

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