Dans le secteur mondial de l’aérospatiale et de la défense, l’année 2021 devrait s’avérer un point tournant qui aura, sur les entreprises négociatrices, une incidence importante pendant quelques années.

J’aborde aujourd’hui trois tendances étroitement liées : la géopolitique, la relance post-pandémie et la transformation numérique, qui influenceront les opérations de fusion et d’acquisition. Face à la convergence de ces tendances, ainsi qu’à l’incidence économique sur les intervenants, il importe de réexaminer la stratégie de fusions-acquisitions.

Premièrement, la poursuite des tensions géopolitiques incitera les administrations publiques à maintenir les dépenses consacrées à la défense.

En raison des interruptions de la chaîne d’approvisionnement mondiale pendant la pandémie, les pouvoirs publics et les intervenants du secteur mondial de l’aérospatiale et de la défense ont renforcé les politiques axées sur l’autosuffisance, notamment en maintenant la production dans leur pays ou en traitant uniquement avec des partenaires de pays dignes de confiance.

Deuxièmement, le bouleversement du secteur de l’aviation à la suite de la pandémie devrait entraîner restructuration et consolidation, surtout dans le secteur de l’aérospatiale civile, quoique le processus soit compliqué en partie par des interventions publiques à grande échelle qui rendent les opérations de fusion-acquisition plus complexes.

La prise de mesures financières d’urgence pour atténuer l’incidence économique de la COVID-19 a gonflé la dette publique, d’où une forte compression des budgets publics dans un avenir prévisible. La capacité de continuer à soutenir le secteur de l’aérospatiale civile s’en trouve limitée, et si cela entraîne des réductions des programmes de défense, les entrepreneurs du secteur aérospatiale/défense risquent de devoir diversifier leurs produits et services pour remanier leur portefeuille et se reconcentrer sur leurs capacités et leurs marchés principaux.

En ce qui concerne les fournisseurs canadiens, les propositions budgétaires américaines semblent indiquer que les dépenses consacrées à la défense resteront stables ou fléchiront à peine. Mais la concurrence accrue pour des programmes de défense moins nombreux et le retour possible aux États-Unis de contrats moins coûteux et plus acceptables sur le plan technique pourraient bien se traduire par la consolidation et par des stratégies d’intégration verticale et horizontale.

Troisièmement, un autre moteur important de fusions et d’acquisitions est la nécessité croissante de la transformation numérique et de l’innovation, notamment à l’égard de capacités de pointe dans des domaines comme l’espace, l’intelligence artificielle et les véhicules sans pilote. Comme nous le montrons dans notre récent rapport Future of M&A in Aerospace and Defence (en anglais), les pays sont de plus en plus conscients de la nécessité de transformer l’innovation.

Aujourd’hui, les mesures de guerre consistent moins à combattre l’insurgence et le terrorisme qu’à affronter des adversaires quasi-pairs et à moderniser l’infrastructure de la défense, d’où les investissements dans la technologie, l’analytique, la cybersécurité et les réseaux de communication. Le secteur de la défense doit faire en sorte que sa base industrielle puisse offrir un avantage technologique et attirer les talents nécessaires, en plus des capitaux toujours indispensables.

La saisie et l’analyse de données sont au cœur de la transformation numérique. Les pouvoirs publics pourraient bien imposer aux propriétaires et aux utilisateurs de données des contraintes plus strictes en augmentant les coûts d’observation, par crainte d’atteinte à la confidentialité et du risque d’abus du pouvoir de marché par un petit nombre d’entreprises. En effet, au cours des trois dernières années, bon nombre de fusions et d’acquisitions dans le secteur aérospatiale/défense étaient liées aux services et logiciels gouvernementaux et informatiques.

Si les fabricants d’équipement d’origine (FEO) américains, par exemple, investissent aux États-Unis dans des technologies critiques comme la micro-électricité et l’intelligence artificielle, on assistera sans doute à la délocalisation intérieure des activités de niveaux 2 et 3. Une grande partie de ces investissements sera consacrée au soutien financier des fournisseurs clés, ce qui pourrait entraîner une intégration verticale. 

Le marché des fusions-acquisitions se transforme : les FEO abandonnent des unités opérationnelles secondaires tout en faisant l’acquisition d’un savoir-faire novateur au moyen de transactions ciblées, les investisseurs privés misent davantage sur les occasions du secteur aérospatiale/défense et, aux États-Unis, des sociétés d’acquisition à vocation spécifique (SAVS) investissent dans les fusions de fournisseurs de technologies de la prochaine génération qui sont en mesure de tirer parti des marchés en croissance rapide.

Perspectives à court terme

Au cours des deux ou trois prochaines années, ces trois grandes tendances pourraient avoir divers résultats dans le secteur aérospatiale/défense : remaniement des portefeuilles de produits, désinvestissements, augmentation du nombre de fusions-acquisitions ainsi que de placements privés.

Au Canada, où le déficit fédéral de 2020-2021 pourrait atteindre 354,2 G$ CA, en raison surtout des programmes de financement d’urgence et de relance liés à la pandémie, les dépenses consacrées à la défense devraient se maintenir aux niveaux actuels.

Comme d’importants programmes publics d’approvisionnement en matière de défense sont en cours, les multinationales étrangères continuent d’explorer sur le marché canadien les occasions d’investir dans des PME qui offrent une capacité-créneau pour leur permettre de participer davantage à ces programmes.

Comme le marché intérieur canadien n’est pas vaste et que les exportations sont essentielles à sa prospérité, les entreprises canadiennes espèrent aussi étendre leur empreinte mondiale sur les marchés de l’aérospatiale et de la défense, qu’ils soient bien établis ou en émergence.

Les entreprises qui exercent leurs activités dans les domaines militaire et civil miseront sur leur volet militaire afin de traverser les années maigres à venir. Certaines voudront se diversifier davantage et acquérir plus d’actifs de fabrication de matériel de défense pour mieux s’imposer auprès du marché militaire.

Dans la nouvelle réalité d’aujourd’hui, les entreprises du secteur aérospatiale/défense auront besoin de modèles d’évaluation flexibles, de structures commerciales novatrices et de techniques d’analyse pour aller rapidement et résolument de l’avant face à l’essor du marché des fusions-acquisitions. Il est urgent d’agir.

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