La valeur cachée des actifs naturels du Canada

La valeur cachée des actifs naturels du Canada

Article de Bailey Church et Natalia Moudrak dans le Globe and Mail

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​Bailey Church est associé des Services-conseils en comptabilité à KPMG s.r.l./S.E.N.C.R.L., et Natalia Moudrak est directrice de la résilience climatique au Centre Intact d'adaptation au climat de l'Université de Waterloo.

La pandémie de COVID-19 a fait grimper la dette gouvernementale à des niveaux sans précédent, et les Canadiens se questionnent sur la façon dont cette dette sera gérée. Pour l'exercice 2020-21 seulement, la Stratégie de gestion de la dette du gouvernement fédéral prévoit un besoin financier de 469 milliards de dollars.

Or, une importante source de richesse ne figure pas dans le bilan du gouvernement : l'infrastructure naturelle du pays. La valeur économique de notre vaste réseau de forêts, de milieux humides et d'espaces verts n'est pas reflétée dans les états financiers, même si elle pourrait dépasser la valeur de notre dette. La capacité de la nature à capter le dioxyde de carbone dans l'atmosphère – appelée stockage du carbone – contribue à ralentir le rythme des changements climatiques. Dans les régions côtières, les dunes, les récifs et les marais côtiers réduisent les effets des ondes de tempête, des inondations et de l'érosion. Ailleurs, les milieux humides, les étangs et autres espaces verts protègent les communautés contre les inondations, tout en procurant une foule d'autres précieux avantages comme une eau plus propre, un habitat amélioré et des espaces de loisirs.

L'une des raisons pour lesquelles les actifs naturels ne sont pas comptabilisés dans les états financiers du gouvernement est le manque de fiabilité de l'évaluation de leur valeur. Toutefois, de nouvelles techniques axées sur les données font leur apparition pour y remédier. En 2016, le Bureau d'assurance du Canada, l'Institut international du développement durable et le Centre Intact d'adaptation au climat ont établi un cadre pour estimer la valeur économique totale des actifs naturels. Le groupe a mis en évidence l'importance des milieux humides dans la réduction des coûts liés aux catastrophes pour les communautés sujettes aux inondations. Par exemple, selon des estimations, les zones humides du sud de l'Ontario réduiraient de plus de 50 millions de dollars les coûts des dommages causés aux bâtiments du bassin versant de la rivière Grand s'il survenait un autre événement météorologique violent comme l'ouragan Hazel de 1954.

Partout au pays, les actifs naturels procurent des avantages économiques considérables en amortissant les coûts croissants de catastrophes météorologiques extrêmes, en particulier les inondations. Les étangs naturels de Gibsons en Colombie-Britannique procurent des avantages estimés à 4 millions de dollars pour leur capacité de stockage des eaux pluviales; un milieu humide restauré au Manitoba procure des économies de 3,7 millions de dollars en réduisant les inondations, en améliorant la qualité de l'eau et en stockant le carbone; la protection de quatre milieux humides au Nouveau-Brunswick permet à Moncton de réduire de 1,4 million de dollars les dommages causés par les inondations; et des zones humides procurent à la ville de Québec des économies de 49,8 millions de dollars grâce à leur capacité de gestion des eaux pluviales et de réduction des inondations. Sans ces centrales naturelles, il faudrait construire des infrastructures grises à un coût considérable pour limiter les dommages qu'elles atténuent gratuitement.

Si les états financiers du secteur public reflétaient ces avantages, ils fourniraient une comptabilisation transparente des contributions économiques de la nature, ce qui encouragerait les communautés à préserver ces précieuses ressources dans le temps.

Il est nécessaire de mettre en place des directives comptables claires et des normes de présentation de l'information. À l'heure actuelle, lorsque les changements climatiques ou l'aménagement du territoire causent des dommages à nos actifs naturels, la perte économique qui en découle n'est pas reflétée dans les états financiers. Heureusement, des travaux sont en cours pour y remédier. Le Conseil sur la comptabilité dans le secteur public du Canada examine des façons d'inclure l'infrastructure naturelle dans les états financiers du gouvernement, et le Conseil des normes comptables internationales du secteur public a lancé un projet en 2019 visant à élaborer des normes comptables pour les ressources naturelles du secteur public.

Alors que le Canada se tourne vers la reprise économique, ses actifs naturels pourraient y jouer un rôle additionnel : l'investissement dans la gestion durable de notre infrastructure verte pourrait créer des emplois. Mark Carney, envoyé spécial des Nations Unies pour le financement de l'action climatique, a récemment présenté des données d'Europe qui suggèrent que les projets d'infrastructure durable créent cinq fois plus d'emplois par million de dollars investi que les projets traditionnels.

Les actifs naturels de notre pays représentent une richesse cachée qui devrait être comptabilisée dans les états financiers du gouvernement, surtout compte tenu de la hausse des coûts liés aux catastrophes météorologiques extrêmes et de l'augmentation du niveau d'endettement causée par la pandémie. Il est dans l'intérêt public de fournir des informations transparentes sur la valeur de ces actifs – et à cet égard, nous sommes sur la bonne voie. Par exemple, le Canada codirige le plan d’action sur les solutions fondées sur la nature de la Commission mondiale sur l’adaptation, qui cherche à mettre en œuvre des solutions naturelles à grande échelle pour « minimiser les risques climatiques et maximiser les avantages économiques, sociaux et environnementaux ». Cette participation devrait contribuer à propulser les investissements dans l’infrastructure naturelle et à engendrer des changements de fond dans nos normes comptables.

https://www.theglobeandmail.com/business/commentary/article-its-time-to-reveal-the-hidden-value-of-canadas-natural-assets

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