​La pandémie de COVID-19 est une situation de crise mondiale qui a mis à l'épreuve la résilience et la préparation des gouvernements du monde entier. Dans ce contexte, les différents gouvernements en place au Canada ont dû se mobiliser rapidement, apprendre à fonctionner autrement et prendre des décisions pour s'adapter à ce contexte unique et changeant. Face à une multitude de nouveaux risques et d'enjeux, les gouvernements ont lancé un certain nombre de programmes destinés à protéger leurs citoyens. L'adoption de la technologie et de la numérisation s'est accélérée afin d'assurer la continuité des services, d'offrir un soutien financier et de maintenir la communication dès les prémices de la pandémie. Des initiatives de partage de données, telles que des fils de nouvelles et des alertes COVID-19, ont été mises en place afin de fournir un accès continu à l'information essentielle sur la pandémie. Ces initiatives ont nécessité à leur tour une forte collaboration entre divers organismes gouvernementaux afin de déployer rapidement des plateformes infonuagiques, des mesures de renforcement de la sécurité de l'information ou encore des mesures de prévention de la fraude. Cette « course contre la montre » pour assurer la sécurité et le soutien et l'information des canadiens pourrait bien s'être faite au détriment de la rigueur et de la diligence habituelles dont les gouvernements doivent faire preuve.

Bien que ces stratégies aient permis aux gouvernements d'augmenter leur résilience, il est important de bien saisir certaines implications structurelles et à long terme qui en découlent. Les gouvernements font en effet face à un défi unique : effectuer une transition des plans de continuité des affaires et de gestion de crise, généralement conçus pour quelques jours ou quelques semaines, vers une gestion des activités pendant une période d'incertitude prolongée.

La pandémie a aussi révélé à quel point notre monde est interconnecté. Nous opérons au sein de multiples réseaux interreliés, tant physiques que virtuels, ou l'ensemble des éléments les composant interagissent les uns avec les autres, et ou tout changement affectant un seul élément peut influencer et impacter le reste du réseau. On peut tirer un parallèle avec la théorie de « l'effet papillon », où un simple changement « ici » peut avoir un effet significatif « là », ou encore avec l'« analogie de la chaîne » selon laquelle la chaîne est aussi solide que son maillon le plus faible. Bien que cette interconnectivité et ce réseau comportent de grands avantages – pensons aux médias sociaux qui facilitant la communication et le partage de l'information, à Internet qui décentralise davantage le savoir ou la globalisation des échanges et circulation des personnes ou biens, il existe également des menaces importantes. Les avantages de notre monde interconnecté peuvent rapidement « se retourner contre nous », la pandémie se propageant sans frontières et impactant presque tous les aspects de notre vie (p. ex., la santé, les marchés financiers, l'emploi, les opérations ou la chaîne d'approvisionnement).

Nous ne pouvons plus nous contenter d' « attaquer les risques de front » après qu'ils se soient matérialisés. Alors, comment bénéficier des avantages de notre monde de plus en plus connecté tout en minimisant les inconvénients inhérents? Les gouvernements doivent étendre leurs capacités de gestion des risques et adopter une approche plus globale et proactive afin de mieux comprendre les points de faiblesses, les anticiper et les résoudre. Nous devons réfléchir à la meilleure façon de faire le pont entre la réalité dynamique et hautement connectée qui nous caractérise et la gestion des risques classique, afin d'aider les gouvernements à en tirer une plus grande valeur, une meilleure connaissance et voire même une plus grande « exactitude ».

La gestion des risques traditionnelle, qui s'effectue souvent en vase clos, de manière statique, centrée sur des événements distincts et à plusieurs niveaux hiérarchiques sous les principaux décideurs, n'est tout simplement pas suffisante. À eux seuls, la probabilité et l'impact ne convainquent plus. L'évaluation dynamique des risques ou « ÉDR » est une évolution des méthodes traditionnelles qui tient compte également de l'interconnectivité et de la vélocité dans l'évaluation et la mesure des risques. Cette nouvelle génération de gestion des risques reconnaît que toute entité n'est pas « une et unique », mais au contraire un ensemble d'éléments qui s'influencent mutuellement au sein d'un ou de plusieurs réseaux. Il s'agit d'une gestion des risques dont l'application s'étend au-delà des « certitudes connues » aux scénarios extrêmes plausibles ou des situations de crise.

L'évaluation dynamique des risques ou « ÉDR » est une évolution des méthodes traditionnelles qui tient compte également de l'interconnectivité et de la vélocité dans l'évaluation et la mesure des risques.

L'évaluation dynamique des risques (ÉDR)

Certains gouvernements ont récemment utilité cette nouvelle approche dynamique de gestion des risques afin de détecter certains risques importants autrement négligés. Bien qu'individuellement bénins, ces risques étaient des « déclencheurs » pouvant provoquer des réactions en chaîne. Des risques tels que la « fragilité de l'infrastructure » ont mis en évidence la nécessité d'un entretien proactif des actifs vieillissants, compte tenu des répercussions en aval sur la volatilité des prix de l'énergie, l'accessibilité des ressources et la disparité économique.

Cette approche a également permis à d'autres organismes publics de mieux comprendre les groupes de risques susceptibles de se combiner et de survenir simultanément. Par exemple, les « facteurs de stress liés aux ressources » ont été identifiés comme étant un groupe critique de risques incluant l'« attraction des talents », les « contraintes budgétaires », le « nombre croissant d'initiatives », l'« épuisement professionnel » et la « diversité et l'inclusion ». Cela a renforcé la nécessité pour ces organismes publics de repenser la façon dont ils gèrent les ressources pour répondre aux attentes en matière de prestation de services, tout en équilibrant les contraintes et les ambitions budgétaires en vue d'améliorer les systèmes, les processus et les services.

La rapidité d'intervention du Canada a certainement contribué à notre capacité de gérer la crise COVID-19. Pourtant, une question demeure. Dans quelle mesure sommes-nous vraiment résilients face aux menaces futures? Ces soi-disant événements uniques ou scénarios extrêmes, tels que La Grande Dépression, le 11 septembre, la crise financière ou la bulle Internet, semblent se produire a plus grande fréquence. Les gouvernements du monde entier comprennent maintenant l'importance de l'interconnexion des risques et reconnaissent l'urgence de renforcer leur résilience aux risques.

La science est là. Il est temps pour nous de faire le prochain pas en avant.

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