Le NORAD

Le NORAD

à la croisée des chemins

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Grant Mcdonald

Leader mondial, Aérospatiale et défense; associé responsable des relations avec les dirigeants, gouvernement du Canada

KPMG au Canada

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Cet article a été publié pour la première fois en Canadian Defence Review, en décembre 2020

Par Grant McDonald

Protection du Canada, sécurité en Amérique du Nord et engagement envers le monde. Voilà la vision sur laquelle repose la politique de défense du Canada – Protection, Sécurité, Engagement (PSE). C'est cette vision qui amène le Canada à collaborer avec les États-Unis pour assurer la modernisation du NORAD, le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord.

Il est temps d'agir. Même en pleine guerre contre la COVID-19, le Canada ne peut pas perdre de vue le NORAD ni ses obligations en tant que membre fondateur de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN). La pandémie mondiale a amplifié l'insécurité internationale et exacerbé les tensions géopolitiques.

Les risques pour notre sécurité nationale sont d'une ampleur et d'une portée sans précédent. Nous sommes assiégés par la prolifération croissante de cyberattaques de la part d'acteurs étatiques et non étatiques. Notre souveraineté dans le nord est menacée par les changements climatiques qui ouvrent le trafic maritime et accroissent les différends frontaliers et l'exploitation non autorisée des ressources naturelles. Les missiles balistiques, maintenant considérés comme une arme de combat prémoderne, font piètre figure à côté des nouvelles technologies d'armement que sont les planeurs hypersoniques, les systèmes aériens sans pilote et les missiles de croisière de nouvelle génération. Malheureusement, la liste des menaces potentielles à la sécurité et à la souveraineté du Canada s'allonge.

Créé en 1957 par le Canada et les États-Unis durant la guerre froide, le NORAD vise à contrôler et à défendre l'espace aérien nord-américain contre d'éventuelles attaques aériennes, de missiles ou spatiales. Depuis 2006, il comprend aussi une fonction d'alerte maritime. Depuis que la Russie a relancé son programme d'aviation à long rayon d'action en 2007, le NORAD a intercepté de multiples bombardiers russes chaque année. Au cours des 10 premiers mois de 2020 seulement, 14 interceptions de ce genre ont eu lieu.

Les stations radars terrestres sans pilote à courte et à longue portée – connues sous le nom de Système d'alerte du Nord – ne sont plus adéquates dans un monde hyperconnecté où les conséquences d'un dérapage peuvent être catastrophiques. Le NORAD a besoin d'outils modernes pour détecter, suivre, identifier, dissuader et vaincre toutes les menaces qui guettent le Canada et les États-Unis.

Un récent document de l'Institut de la Conférence des associations de la défense (ICAD) jette un éclairage intéressant sur le rôle que l'industrie canadienne de l'aérospatiale et de la défense peut jouer dans la modernisation du NORAD. On y invite l'industrie à se tenir au courant des développements de la défense, en particulier des capacités de commandement et de contrôle interarmées dans tous les domaines (JADC2). On encourage le gouvernement fédéral à orienter et à prioriser les activités de R-D et à créer un nouveau programme d'approvisionnement qui comprend une approche d'achat et d'essai avec une architecture ouverte pour faire croître rapidement le JADC2.

Le JADC2 vise à relier en un seul réseau les capteurs existants et futurs de tous les services militaires américains – l'armée de l'air, l'armée de terre, le corps des Marines, la marine et la force spatiale – en exploitant le pouvoir de la technologie pour analyser les données de renseignement, de surveillance et de reconnaissance afin que les commandants puissent prendre des décisions plus rapides et éclairées. La quantité de données provenant des capteurs augmente de façon exponentielle, mais une grande partie demeure inutilisée. L'intelligence artificielle (IA) pourrait aider à traiter ces données et à les présenter sous une forme exploitable.

Le Canada est un chef de file dans les domaines de l'informatique quantique, de l'analyse de données, de l'IA et de l'apprentissage machine – soit les technologies sur lesquelles repose le JADC2. Le gouvernement fédéral devrait adopter une approche différente et offrir des incitatifs aux acteurs innovants et non traditionnels de la défense pour qu'ils prennent part au développement du JADC2. Il faudrait également étudier la possibilité d'établir des partenariats public-privé et réfléchir à des façons de protéger les droits de propriété intellectuelle.

Par ailleurs, le transfert de données et de technologies entre nos deux pays doit être amélioré et simplifié. Bien qu'il s'agisse d'une question de politique plutôt délicate, nous devons résoudre le problème de la classification. Tout en préservant les protections, il faut permettre des classifications appropriées dans le cadre d'un processus opportun afin que les entreprises canadiennes puissent participer pleinement au renouvellement du NORAD, comme elles le devraient.

La modernisation est impérative. Dans le cadre de la politique PSE, un certain nombre d'investissements actuels et prévus contribuent à la défense du continent. Il s'agit notamment des navires de combat de surface et des navires de patrouille de l'Arctique, des avions de chasse des forces aériennes ainsi que des systèmes pilotés à distance et autres capacités spatiales.

Récemment, le NORAD met en place des initiatives plus ciblées. Mentionnons entre autres la tenue de Séminaires sur la puissance aérienne fondée sur le positionnement agile interarmées, réunissant des intervenants clés dans les domaines de la science, de l'environnement, de l'information, de la gouvernance et de la logistique. Ces derniers se sont penchés sur les défis liés à la puissance aérienne dans l'Arctique afin d'explorer les synergies entre les opérations aériennes, les collectivités autochtones, la sécurité, la climatologie et le développement économique. On y a notamment discuté du recours aux nanosatellites pour soutenir de nombreuses fonctions qui profiteraient à la fois aux forces armées et aux collectivités nordiques et autochtones, telles que les communications, le transfert de données, l'exploration, la télédétection et l'astronomie.

Il reste encore beaucoup à faire. L'industrie canadienne de l'aérospatiale et de la défense est un moteur d'innovation technologique capable de contribuer aux efforts globaux de modernisation.

Nous sommes à la croisée des chemins. Certaines décisions ne peuvent plus être reportées bien longtemps – il faut agir, et le secteur canadien et américain de l'aérospatiale et de la défense peut jouer un rôle important.

Le NORAD demeurera-t-il pertinent dans la détection et la dissuasion des menaces contre le Canada et le continent, et dans la lutte contre celles-ci?

Il est temps de décider quel sera notre héritage.

Grant McDonald est leader mondial et national du groupe sectoriel Aérospatiale et défense de KPMG au Canada.

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