Rien ne vaut une pandémie planétaire pour mettre à l'épreuve les chaînes d'approvisionnement. Et comme l'ont démontré les répercussions de la COVID-19, la circulation des marchandises essentielles au Canada est aussi exposée aux retards à la frontière, aux difficultés logistiques, et au protectionnisme que dans n'importe quel autre endroit au monde.

Les événements de 2020 ont sans conteste mis en lumière le risque de rupture de la chaîne d'approvisionnement dans un pays qui dépend lourdement du commerce international. Dès les premiers jours de la pandémie, notre dépendance à l'importation d'équipement de protection individuelle (ÉPI), d'aliments et d'autres biens essentiels a été remise en question. Des frontières fermées et des attitudes protectionnistes ont étiré nos chaînes d'approvisionnement déjà fort longues et laissé de grands espaces vides sur les rayons des détaillants et des entrepôts industriels.

Le Canada est loin d'être le seul pays à devoir revoir ses chaînes d'approvisionnement. Partout dans le monde, la crise a aussi montré les faiblesses du concept de fabrication « juste à temps », qui ont provoqué des pénuries nous empêchant de réagir rapidement à la pandémie. Aujourd'hui, alors que le monde entier se remet de cette expérience traumatisante, il devient plus important que jamais de repenser et de diversifier nos chaînes d'approvisionnement.

Bâtir l'autosuffisance

Le gouvernement du Canada est au courant des enjeux que représente l'approvisionnement. Dans nos conversations avec des clients du secteur public, nous constatons la volonté manifeste de faire le point sur nos capacités nationales de fabrication et d'approvisionnement, de définir nos besoins nationaux, d'établir des relations commerciales plus sûres, et – plus que tout, peut-être – de favoriser une plus grande autosuffisance. Le marché industriel canadien a vu des usines et des sièges sociaux quitter le Canada au cours d'un passé récent; s'il est une chose qu'a démontrée la pandémie, c'est bien que les pouvoirs fédéraux et provinciaux doivent favoriser l'activité économique ici même, attirer de nouveaux investisseurs, et donner envie aux acteurs déjà présents de demeurer au pays.

Des gestes sont déjà posés pour quantifier la dépendance du Canada aux chaînes d'approvisionnement. Pendant toute la pandémie, les gouvernements, au fédéral comme au provincial, sont rapidement intervenus pour trouver des fabricants d'ÉPI dans leurs territoires respectifs et dresser la liste des produits offerts. Le résultat? Un répertoire en ligne d'entreprises qui peuvent répondre à la demande locale de fournitures essentielles aux soins de santé en temps de pandémie. Au-delà de cet exemple, le gouvernement du Canada met aussi à profit l'analyse des données sur la chaîne d'approvisionnement pour mieux planifier la demande.

Les provinces ont, elles aussi, mis sur pied des initiatives du genre. Par exemple, l'Ontario a pris contact avec des industries locales et des collectivités pour comprendre les enjeux, évaluer les besoins et trouver d'autres fabricants et intervenants qui peuvent combler les lacunes de son écosystème.

Bien entendu, les difficultés que subissent les chaînes d'approvisionnement au Canada sont liées à la taille du pays et à sa faible densité de population. Par rapport à nos voisins du sud, il en coûte tout simplement plus cher, en temps et en argent, de distribuer des biens essentiels vers nos grands centres. De plus, ces difficultés logistiques font qu'il est également plus ardu de tenir la promesse d'un magasinage en ligne à l'écoute des besoins à l'extérieur des grandes villes. Ces obstacles existaient bien avant mars 2020, mais la pandémie en a démontré toute l'ampleur et a rendu encore plus difficile la distribution des produits où le besoin se fait le plus grand.

Tisser de nouveaux liens

Les possibilités sont là, et les défis sont bien connus. Quelle sera alors la prochaine étape pour la chaîne d'approvisionnement au Canada? À court terme, les chaînes d'approvisionnement existantes serviront à rebâtir les stocks et à rétablir la circulation des marchandises. À moyen terme, les entreprises choisiront probablement de diversifier au moins une partie de leur sources d'approvisionnement en faisant appel à plusieurs fournisseurs situés à des endroits différents.

Les gouvernements ont le rôle le plus important à jouer dans la transformation des stratégies à long terme. Alors que le Canada cherche à donner forme à la nouvelle réalité qui suivra la pandémie, il importe de mettre au point des stratégies ciblées qui tiennent compte des chaînes d'approvisionnement, particulièrement celles qui soutiennent la reprise après une catastrophe et l'infrastructure essentielle nationale.

Nous continuons d'instaurer une grande visibilité pour toutes les chaînes d'approvisionnement principales. Nous pouvons y arriver en mettant en œuvre des technologies qui font appel aux données, comme les outils prédictifs qui procurent une plus grande visibilité en temps réel aux chaînes d'approvisionnement, et qui permettent de prévoir les endroits où il y aura des pénuries et donc de mettre en place des plans de rechange. Cette solution a aussi l'avantage d'offrir aux divers gouvernements la possibilité de vérifier des scénarios qui joueront un rôle essentiel lors de futures interventions de crise et nous permettront d'agir plus rapidement.

Il faut aussi revoir les stratégies d'approvisionnement pour donner un coup d'accélérateur à l'innovation. Par exemple, plutôt que de passer des ententes pour répondre à des besoins hyper détaillés, nos gouvernements devraient chercher à s'outiller pour produire des résultats. En clair, l'achat d'un produit devrait viser un résultat, et le produit devrait pouvoir changer en cours de route, dans un cadre raisonnable, pour tenir compte des innovations et des nouveaux développements. L'adoption d'une approche plus agile fait en sorte que les services obtenus correspondent aux besoins courants d'un ministère, plutôt qu'aux besoins perçus au moment le processus s'est mis en branle.

La pandémie nous a bien fait comprendre à quel point nos besoins peuvent changer rapidement et de façon spectaculaire. Pour tenir le rythme, il nous faut des chaînes d'approvisionnement plus résilientes et plus agiles, qui mettent les marchandises entre les mains des clients canadiens au moment et à l'endroit où les besoins se font sentir, peu importe le chaos qui peut régner au-delà de nos frontières. Les administrations gouvernementales de tout le pays s'occupent déjà d'identifier les lacunes et de trouver des correctifs, et leurs efforts contribueront grandement à protéger la santé et le bien-être de leurs citoyens.

Êtes-vous prêts à réfléchir à la circulation des marchandises canadiennes?

Réalisons-le

Pour renforcer la résilience au sein de la chaîne d'approvisionnement du Canada, il faut examiner les secteurs qui ont été les plus touchés par la pandémie (p. ex., la santé, l'alimentation, les biens de consommation) et collaborer avec les entreprises et les communautés pour évaluer les capacités nationales, cerner nos lacunes et élaborer des plans qui nous rendront plus autonomes la prochaine fois qu'un événement comme celui-ci se produira.

Jérôme Thirion, associé et leader national
Chaîne d'approvisionnement
Services-conseils Management, KPMG au Canada