Les types de risques avec lesquels les organisations doivent composer ont énormément évolué au cours de la dernière décennie. Il y a dix ans, ce sont les risques économiques qui dominaient dans le Rapport sur les risques mondiaux du Forum économique mondial (« FEM »), qui relève et évalue les menaces les plus importantes auxquelles le monde fait face en matière de probabilité et d'ampleur de l'effet. Dans le rapport de 2020 (en anglais), sept des dix principaux risques en matière de probabilité et huit des dix principaux risques en matière d'effet ont trait à des enjeux environnementaux, sociaux ou de gouvernance (« ESG »).

Des enjeux comme les changements climatiques et les inégalités sociales transforment le milieu des affaires et dictent l'évolution des risques et des occasions ESG pour les organisations. Les parties prenantes – notamment les investisseurs, les autorités de réglementation, les consommateurs et les employés – s'attendent de plus en plus à ce que les organisations gèrent les effets de ces enjeux.

Les comités d'audit ont une contribution fondamentale à apporter à ce chapitre. En effet, la stratégie qu'une organisation adopte pour gérer les risques ESG et rendre compte de ses résultats à cet égard renvoie à des fonctions essentielles du comité d'audit, comme la gouvernance, la présentation et la communication de l'information, la gestion des risques et les contrôles internes.

La pandémie de COVID-19 a une influence considérable sur la manière dont les parties prenantes et les organisations abordent les enjeux ESG. Certes, les changements climatiques demeurent à l'avant-plan, mais les répercussions de la pandémie sont maintenant largement documentées, tant et si bien que les risques sociaux se trouvent désormais à égalité au sein des priorités ESG. Le rapport Perspective des chefs de la direction en 2020 de KPMG indique que 76 % des chefs de la direction canadiens estiment devoir jouer un rôle de leader afin de susciter du changement lié aux enjeux sociaux, et que 64 % d'entre eux affirment que la composante sociale d'ESG est revenue au centre de leurs préoccupations en raison de la pandémie.

Même si l'importance de la performance ESG et de la communication de ses résultats ne fait plus de doute pour les organisations, beaucoup d'entre elles se sentent dépassées et mises à l'épreuve par l'abondance de normes et de référentiels offerts en matière d'ESG. Effectivement, aucune approche n'est encore universellement acceptée. Il n'est pas rare que les autorités de réglementation, les investisseurs et les tiers fournisseurs de cotes ESG demandent différentes informations à fournir et différentes données, ce qui mène à un manque d'uniformité et de comparabilité. Les comités d'audit doivent se tenir au courant des développements relatifs à ce dossier surchargé d'acteurs qui évolue rapidement.

Poussée vers la normalisation

En septembre 2020, d'importants progrès ont été réalisés en vue de remédier à l'approche disparate en matière de présentation de l'information. L'International Business Council du FEM, qui travaille en étroite collaboration avec KPMG et d'autres cabinets comptables, a recommandé un ensemble universel de mesures ESG importantes et des obligations d'information pour les sociétés. De plus, la Fédération internationale des comptables (International Federation of Accountants) a appelé à la création d'un International Sustainability Standards Board aux côtés du Conseil international des normes comptables (International Accounting Standards Board) sous l'égide de l'IFRS Foundation. Enfin, cinq des organisations à l'origine des normes et des référentiels en matière d'ESG ont annoncé leur intention d'élaborer une vision commune pour un système exhaustif de présentation de l'information par les sociétés ainsi que leur engagement à collaborer afin d'y parvenir.

Tandis que l'idée d'établir un ensemble commun de mesures sociales et environnementales uniformes et comparables continue à gagner des appuis, les comités d'audit ne peuvent se permettre d'attendre qu'un consensus à l'échelle mondiale se dessine. Les investisseurs institutionnels s'attendent déjà à ce que les organisations mettent en œuvre les pratiques exemplaires et les lignes directrices sectorielles établies par des organismes tels que le Sustainability Accounting Standards Board et le Groupe de travail sur l'information financière relative aux changements climatiques du Conseil de stabilité financière.

Les comités d'audit jouent un rôle capital en veillant à ce que les sociétés comprennent l'attention croissante accordée par les investisseurs aux enjeux ESG et la manière dont ceux-ci influencent les risques, les performances et l'accès aux capitaux des entreprises.

Roopa Davé, associée,
Services en développement durable et impact social,
KPMG au Canada

Les investisseurs se soucient des ESG

Les investisseurs institutionnels, qui forment une partie prenante toujours plus importante, se tournent résolument vers des stratégies d'investissement durable, voire l'investissement militant dans certains cas. Les Principes pour l'investissement responsable, une initiative de l'Organisation des Nations Unies qui représente 2 300 investisseurs institutionnels gérant plus de 85 billions de dollars d'actifs, ont déclaré que beaucoup d'investisseurs veulent maintenant passer à un modèle centré davantage sur l'humain, ou peut-être à un « nouveau contrat social » pour le milieu des affaires, qui s'attaque aux effets sur l'économie et la santé, ainsi qu'aux inégalités des systèmes actuels.

Comme l'accès aux capitaux dépend de plus en plus de l'approche adoptée par ces investisseurs institutionnels, les comités d'audit doivent veiller à ce que leur organisation relève les risques et les occasions en matière d'ESG, les gère et y réponde, et ce, tant au sein de l'organisation que dans l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement. Les comités d'audit devraient s'assurer que la direction procède à une évaluation des priorités afin de déterminer quels sont les enjeux ESG les plus importants pour l'organisation et ses parties prenantes, et qu'elle utilise cette information pour orienter sa stratégie de présentation et de communication de l'information.

Le rôle des comités d'audit

La profonde compréhension qu'a le comité d'audit des contrôles internes, des politiques et de la présentation de l'information le place en bonne position pour inciter la direction, y compris la fonction Finances, à développer des systèmes et des processus d'identification des risques et des occasions en matière d'ESG, à élaborer des stratégies souples pour gérer ces risques et saisir ces occasions, et mettre au point des mesures et des rapports pour surveiller ces éléments.

Quelles questions les comités d'audit devraient-ils se poser?

  • Quels sont les référentiels, les normes de gestion et les normes de présentation de l'information en matière d'ESG les plus couramment adoptés dans notre secteur d'activité et notre pays?
  • Quelles sont les exigences de nos bailleurs de fonds en matière d'informations à fournir relativement aux questions ESG? Est-ce que nous répondons adéquatement à ces exigences?
  • Est-ce que les risques et les occasions importants liés aux questions ESG sont suffisamment intégrés dans notre stratégie? Sommes-nous au courant de la façon dont la direction progresse vers l'atteinte des cibles à cet égard?
  • Les risques importants liés aux questions ESG sont-ils suffisamment intégrés dans notre cadre de gestion du risque d'entreprise? Les trois lignes de défense comprennent-elles suffisamment ces risques non traditionnels?
  • Obtenons-nous une quelconque assurance sur les données liées aux questions ESG? Savons-nous ce qui fait l'objet de cette assurance et qui l'exprime?
  • Comprenons-nous comment les nouveaux enjeux ESG peuvent transformer notre milieu d'affaires et quelle pourrait être leur incidence sur notre stratégie et notre modèle d'entreprise?