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Les changements climatiques et le secteur de l’énergie

Les changements climatiques et le secteur de l’énergie

​Pour le secteur de l'énergie, le développement durable n'a rien de nouveau. Plusieurs sociétés énergétiques ont toujours abordé cet aspect sous l'angle de la conformité, étant donné que les règlements, surtout au Canada, sont assez stricts. Plus récemment, cependant, les sociétés de toutes tailles cherchent à se montrer plus honnêtes dans leurs pratiques de développement durable et dans les informations qu'elles présentent à ce sujet, afin de fournir aux parties prenantes clés l'assurance qu'elles reconnaissent les risques et les occasions liés à cet enjeu et qu'elles prennent les mesures qui s'imposent. Il s'agit d'un thème qui gagne en importance, alors que plusieurs exigent une reprise plus verte après la pandémie.

L'évolution rapide des attentes des investisseurs motive grandement les sociétés énergétiques à voir au-delà de la conformité. De plus en plus, les investisseurs institutionnels au Canada et à l'échelle internationale intègrent à leurs processus de décisions d'investissement des facteurs de développement durable ou des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (« ESG »). Afin de développer une philosophie d'investissement sensée, ils s'appuient sur des informations crédibles et pertinentes communiquées par la société, et ils transmettent leurs attentes aux sociétés dans lesquelles ils investissent. Cela peut prendre différentes formes, y compris une résolution des actionnaires ou encore l'appui donné aux cadres et aux normes de présentation des facteurs ESG. Par exemple, dans sa lettre de 2020 aux chefs de la direction, le chef de la direction et président du conseil de BlackRock, Larry Fink, a demandé aux sociétés de communiquer leurs informations conformément aux directives sectorielles du Sustainability Accounting Standards Board (« SASB ») et de communiquer les risques climatiques conformément aux recommandations du Groupe de travail sur l'information financière relative aux changements climatiques (« GIFCC »).

Parmi les nombreux aspects entourant l'ESG, les changements climatiques se sont taillé une place de choix au cours des dernières années. De fait, le Forum économique mondial a publié son Rapport sur les risques mondiaux de 2020, et pour la première fois depuis le premier rapport, les cinq principaux risques pour notre économie étaient des risques environnementaux, dont la plupart étaient liés au climat, y compris les événements climatiques extrêmes, le manque d'action climatique et les catastrophes naturelles. Cela a transformé la conversation sur les changements climatiques. Il ne s'agit plus que de savoir ce que les entreprises font pour réduire leur empreinte climatique, mais également de savoir quelles sont les répercussions des changements climatiques sur la performance financière et opérationnelle.

Des points de vue divergents circulent quant à savoir si la pandémie de COVID-19 a amené les sociétés à se fixer des mesures et des objectifs d'ESG, y compris relativement aux changements climatiques. Il est vrai que plusieurs entreprises ont réorienté leurs priorités immédiates et à court terme, mais il semble également qu'une reprise propre et inclusive soit favorisée. En mai 2020 seulement, 155 sociétés, dont la valeur collective s'élève à 2,4 billions de dollars, ont signé une déclaration commune pressant les gouvernements à l'échelle mondiale d'harmoniser les efforts de reprise avec les études climatologiques. En outre, une coalition de 330 sociétés, dont la valeur sur le marché s'élève à 11,5 billions de dollars, a demandé au Congrès américain d'inclure la question du climat dans le plan de relance postérieur à la crise de la COVID-19. Ces demandes s'ajoutent à l'exigence du gouvernement fédéral canadien, pour les sociétés qui demandent du financement dans le cadre du programme de Crédit d'urgence pour les grands employeurs (« CUGE »), de publier annuellement des rapports de divulgation de l'information liée au climat, conformément aux exigences du GIFCC. Prises ensemble, ces intentions et ces initiatives des entreprises et des gouvernements laissent croire que l'enjeu des changements climatiques fera partie de la relance post-pandémie, d'une façon ou d'une autre.

Alors que les changements climatiques conservent leur importance, il est naturel que les comités d'audit comprennent mieux les risques et occasions en matière de climat qui pourraient avoir une incidence sur leur entreprise. Par exemple, de plus en plus de sociétés du secteur de l'énergie se demandent ce que la transition vers une économie à faibles émissions de carbone signifie pour leurs actifs et leur capacité de production dans l'avenir. Alors que les sociétés demandent plus d'énergie tout en voulant réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, le modèle énergétique tel qu'on le connaît est remis en question. Déjà, certaines grandes sociétés pétrolières et gazières s'adaptent en devenant des sociétés d'énergie qui fournissent aux consommateurs des combustibles, de l'électricité et d'autres services énergétiques. D'autres, comme Cenovus Energy Inc., Canadian Natural Resources Limited, BP, Repsol SA et Equinor, ainsi que des sociétés minières comme Teck Resources, prennent des mesures plus radicales en s'engageant à atteindre l'objectif de « zéro émission » ou à afficher un bilan carboneutre. Que ce soit par la diversification, la décarbonisation profonde ou des mesures progressives, le secteur de l'énergie aura un rôle important à jouer dans la transition vers une économie à faibles émissions de carbone. En fait, l'Agence internationale de l'énergie affirme que la transition sera beaucoup moins complexe et coûteuse si l'industrie du pétrole et du gaz s'implique activement, ce qui soulève une importante question : comment le secteur énergétique peut-il être un vecteur de changement tout en tirant parti de la transition énergétique?

Si vous êtes membre d'un comité d'audit, il peut être bénéfique de comprendre ces attentes qui évoluent et ce qu'elles signifient au chapitre de la surveillance. Du point de vue de la communication d'informations, les référentiels d'information financière axés sur le marché qui sont couramment utilisés, y compris ceux du SASB et du GIFCC, peuvent orienter les conseils d'administration quant à la façon de communiquer efficacement les aspects jugés cruciaux pour le secteur de l'énergie à l'heure actuelle. Au-delà des normes et des référentiels, il peut y avoir des occasions d'explorer le rôle que joue la communication d'informations dans la transformation du discours sur les changements climatiques en illustrant comment le secteur énergétique peut être un vecteur de la transition énergétique.

Quelles questions les comités d'audit devraient-ils se poser?

  • Dans quelle mesure le secteur de l'énergie est-il prêt à un avenir à faibles émissions de carbone? Qu'est-ce que cela signifie pour les actifs actuels?
  • Avons-nous la combinaison adéquate de talents au sein du conseil d'administration et du comité d'audit pour comprendre et gérer les risques liés aux changements climatiques pour l'entreprise?
  • Comment le développement durable est-il géré au sein de l'entreprise, et quel est le niveau de surveillance exercé à son égard?
  • Dans quelle mesure le comité d'audit est-il au fait de l'évolution des attentes en matière de communication d'informations? De même, l'organisation se conforme-t-elle adéquatement aux attentes en matière de communication d'informations sur le développement durable?
  • Devons-nous communiquer que le strict minimum lorsqu'il est question de développement durable, ou pourrions-nous aller plus loin pour nos parties prenantes?
  • Tirons-nous suffisamment parti des experts externes, des référentiels et des normes sur lesquels les sociétés pourraient s'appuyer pour préparer leurs rapports sur le développement durable?

Le climat est une question centrale pour les entreprises, particulièrement dans le secteur de l'énergie. Aujourd'hui plus que jamais, les comités d'audit ont un rôle à jouer dans la planification stratégique, la communication d'informations et la surveillance des risques, surtout que les attentes sont de plus en plus tournées vers une reprise plus verte après la crise de la COVID-19.

Sander Jansen
Directeur principal, Développement durable,
KPMG au Canada

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