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La chaîne de blocs au service de la chaîne d’approvisionnement

Chaîne de blocs et chaîne d’approvisionnement

La chaîne de blocs s’apprête à révolutionner la chaîne d’approvisionnement, alors qu’on prend conscience de ses avantages.

Paritosh Gambhir

Leader national, Chaîne de blocs | Leader, Innovation en audit, RGT | Associé, Audit, Services financiers

KPMG au Canada

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Exécution d'homme

D’où vient votre produit? Comment est-il parvenu jusqu’ici? Par où est-il passé? Vous connaissez bien vos clients, mais connaissez-vous bien vos fournisseurs? Il fut un temps où il était facile de répondre à ces questions. Aujourd’hui, à l’heure où les critères de qualité et d’approvisionnement responsable exigent une meilleure traçabilité des produits, les organisations, tous secteurs confondus, peinent à s’y retrouver dans des chaînes d’approvisionnement de plus en plus complexes.

C’est ici qu’entrent en jeu la chaîne de blocs et l’Internet des objets (IdO).

Des solutions sophistiquées à des problèmes complexes

La mondialisation et la réduction des coûts font partie des facteurs qui complexifient les chaînes d’approvisionnement. Les organisations font des pieds et des mains pour livrer leurs produits au moindre coût possible, et les gestionnaires de l’approvisionnement se voient obligés de trouver des solutions plus économiques, soit en s’approvisionnant à l’étranger, soit en imposant des compressions à leurs partenaires. Résultat : les points de contact se multiplient partout dans le monde, ce qui complique les plans de fabrication, les routes de navigation et la conformité à la réglementation, et ce, avant même que les produits n’arrivent au Canada pour y être distribués.

Cette complexité a donné naissance à des secteurs entiers. Étant donné que la provenance et la qualité des produits sont plus sévèrement contrôlées – surtout par les acteurs mondiaux – les entreprises ont besoin de nouvelles capacités leur permettant de non seulement suivre leurs produits de la source aux tablettes, mais aussi de démêler les aspects logistiques de la chaîne d’approvisionnement.

Des liens sécurisés

La force d’une chaîne de blocs dépend de la fiabilité de ses outils. Les capteurs IdO et autres dispositifs en temps réel, même s’ils sont des atouts indéniables pour qui veut exploiter les avantages mentionnés, leur conception est plutôt minimaliste, ce qui fait douter de leur capacité d’assurer la sécurité de la chaîne de blocs.

Autrement dit, même s’il existe sur le marché de nombreuses solutions d’IdO et de chaîne de blocs hautement sécurisées, il demeure possible que des fabricants négligent certains éléments de sécurité pour économiser et simplifier leurs modèles. C’est pourquoi il importe d’établir une stratégie informatique exhaustive comprenant une évaluation rigoureuse de la sécurité des composantes IdO.

Des technologies à la rescousse

Les termes « registre distribué » et « transaction de pair à pair » sont le plus souvent associés aux domaines de la technologie et des finances. Or, la chaîne de blocs pourrait bien révolutionner l’aspect logistique de la chaîne d’approvisionnement, puisque les organisations sont de plus en plus nombreuses à en réaliser les avantages.

Il faudrait un manuel complet pour expliquer la technologie, pourtant le concept en soi est (relativement) simple. Tous les partenaires d’une chaîne d’approvisionnement sont réunis par un registre distribué le long d’une « chaîne » immuable d’événements qui contiennent de l’information en temps réel sur le parcours d’un produit. Les partenaires de cette « chaîne » d’information peuvent ajouter leurs données à la chaîne et voir l’information que les autres partenaires y ont versée. Ils peuvent donc mieux suivre le processus et le rôle qu’ils jouent dans celui-ci.

Par le passé, ce n’est qu’après coup que les entreprises avaient accès à l’information sur le parcours d’un produit. Utilisée en tandem avec d’autres technologies, la chaîne de blocs permet de tout savoir sur un produit (volume, emplacement, condition, température, etc.). Cette information est enregistrée et versée instantanément dans les nœuds de la chaîne de blocs.

Parmi ces autres technologies, mentionnons l’IdO, qui alimente la chaîne au moyen de capteurs et de dispositifs d’autodétection placés à chaque étape du parcours d’un produit (sur un chariot, dans une usine, dans un camion, etc.). Chaque dispositif a sa propre identité dans la chaîne de blocs et y envoie de l’information en temps réel (emplacement des fournisseurs, modifications à l’expédition, volume, conditions environnementales, etc.). Grâce à cette information, tous les partenaires de la chaîne peuvent suivre le produit à la trace. Tandis que les capteurs permettent de suivre les mouvements d’un produit, de tenir l’inventaire et, s’il y a lieu, de faciliter le transport, la chaîne de blocs présente un aperçu en temps réel de l’intégrité des données (c'est-à-dire l’information fournie par les capteurs en question).

L’intégration de la chaîne de blocs et de l’IdO à la chaîne d’approvisionnement comporte des avantages certains. Par exemple :

  • Efficience opérationnelle : La possibilité de retracer le parcours d’un produit de la ferme à l’assiette (ou de la mine au doigt, ou de l’usine aux tablettes) permet aux organisations d’anticiper les contretemps et les accrocs logistiques le long de la chaîne et d’agir en conséquence. Quand on sait d’où vient le produit et dans quelles conditions il a été transporté le long de la chaîne, il y a moins lieu de s’inquiéter quant à sa qualité. De plus, les données permettent de déterminer les causes de retard ou dysfonctionnement, et de gérer adéquatement les rappels de produits le cas échant.
  • Facilité de rappel : Pouvoir retracer plus facilement l’origine de pièces, les enregistrer et les transférer le long de la chaîne de valeur à l’aide de la chaîne de blocs permet d’optimiser les campagnes de rappel. Par exemple, en remontant le parcours de pièces défectueuses de leur point de consommation jusqu’à leur usine d’origine, on peut mieux estimer l’ampleur d’une campagne de rappel, et donc le temps et les ressources nécessaires. Ce principe s’applique aussi fort bien au milieu pharmaceutique, lorsqu’il y a un rappel de médicaments en raison de la réglementation, de nouvelles études ou de défectuosités.
  • Abandon des rapprochements : Le caractère distribué de la chaîne de blocs fait en sorte que les organisations n’ont plus besoin de consacrer du temps et des ressources aux rapprochements, étant donné que les contrôles appropriés sont déjà en place et surveillés.
  • Réduction des pertes : Prenons par exemple une cargaison d’un million de tomates arrivant au Canada avec 10 000 unités de moins que prévu. Normalement, il faudrait des semaines pour investiguer et effectuer le rapprochement de ces pertes. Grâce à des capteurs IdO, on peut enregistrer les interactions du transporteur et suivre les effets sur les tomates de différentes conditions, comme les écarts de température, les problèmes de transport, etc., et ainsi déterminer les causes d’avarie. En les combinant avec des dispositifs d’autodétection, on crée un système où ces incidents sont automatiquement enregistrés, suivis et rapprochés en toute sécurité dans la chaîne de blocs pour qu’ils soient vus et validés par les parties concernées. La visibilité de ces renseignements permet de réduire et d’expliquer les pertes de produit découlant de la fraude et de circonstances imprévues.
  • Approvisionnement responsable : Un grand nombre de consommateurs préfèrent savoir que leurs produits proviennent de sources équitables, légales et épargnées par les conflits. Cela peut être difficile à vérifier si le responsable de l’approvisionnement croule sous les dossiers et qu’il n’a pas le loisir de visiter chaque site de sa chaîne d’approvisionnement. Grâce aux capteurs IdO et à la chaîne de blocs, les organisations sont en mesure de remonter à l’origine de leurs produits pour s’assurer, en temps réel, qu’ils proviennent de sources responsables, et qu’il en demeurera ainsi.
  • Salubrité des aliments : La possibilité de suivre leurs produits de la ferme d’origine aux tablettes des épiceries donne aux détaillants la certitude que leurs produits sont fabriqués selon les plus hautes normes ou, dans le cas des aliments, qu’ils sont entièrement biologiques, véganes, casher, etc. Comme déjà mentionné, ces technologies permettent de réduire l’ampleur des campagnes de rappel d’aliments en retraçant les produits contaminés jusqu’à leur ferme ou usine d’origine.
  • Maintien des normes de qualité des produits : Ces mêmes technologies s’appliquent aussi dans d’autres domaines. À l’aide de dispositifs d’autodétection, de la chaîne de blocs, de capteurs en temps réel, et de contrats intelligents dans lesquels ont été encodées les spécifications propres aux normes de l’industrie, les organisations peuvent valider automatiquement la conformité des produits et créer un enregistrement immuable pour chacun d’eux afin d’en faciliter la traçabilité et le signalement.
  • Meilleur pouvoir de négociation : Dans un accord type, l’équipe chargée de l’approvisionnement signe un contrat avec un fournisseur, obtient un rabais de 20 % et présume que tout se déroulera comme prévu. Le problème avec cette approche, c’est que des contretemps ou des erreurs peuvent survenir à son insu. Avec l’intégration de capteurs IdO du point d’origine au point de livraison final, les parties peuvent voir, à l’aide des données en temps réel de la chaîne de blocs, ce qui se passe vraiment pendant le transport des produits. Ces nouveaux renseignements que procure la chaîne de blocs – notamment quand les capteurs ne captent plus rien à certains stades – deviennent particulièrement utiles dans un processus de négociation.
  • Efficacité du financement des opérations commerciales : Un consommateur peut ajouter sa banque à une chaîne de blocs et consentir à ce que ses renseignements bancaires soient transmis aux fournisseurs de son choix. Cela permet de raccourcir les délais de transaction et d’approbation du crédit. Les fournisseurs peuvent ainsi prendre des décisions en temps réel en fonction des ressources de leurs clients et mettre à jour le parcours des produits au moyen des capteurs IdO et de dispositifs d’autodétection. On peut aussi ajouter une banque comme nœud participant afin de régler le paiement des transactions à mesure qu’elles sont enregistrées (plutôt que vérifiées en temps réel), ce qui augmente les liquidités pour tous les participants de la chaîne.
  • Contrats intelligents : La chaîne de blocs peut s’accompagner de protocoles autoexécutables qui relient automatiquement toutes les parties concernées à la transaction, ce qui réduit les délais et les coûts de traitement. L’ajout d’institutions financières à la chaîne, par exemple, permet aux parties d’exécuter en temps opportun des transactions qui tiennent compte de la fluctuation des taux en temps réel selon un certain nombre de facteurs (ex., la météo, les conditions routières, la région). Les fournisseurs de service seraient aussi en mesure d’ajuster leurs conditions en fonction d’informations à jour.

Préservation de la chaîne

Comme avec toute autre technologie fondée sur les données, les utilisateurs doivent observer le principe selon lequel « à données inexactes, résultats erronés ». C’est-à-dire que la qualité d’un registre distribué est intimement liée à la sécurité et à l’efficacité de ses contrôles, protocoles et mesures de cybersécurité. Aussi, il faut s’assurer que la technologie utilisée est effectivement la solution la mieux adaptée.

En effet, on n’insistera jamais trop sur la valeur de la gouvernance de la chaîne de blocs. Il y aura toujours un risque de télécharger des données frauduleuses, corrompues ou erronées, du moins tant et aussi longtemps que des humains feront partie de l’équation. C’est pourquoi il est crucial d’instaurer des mesures de cybersécurité et des contrôles appropriés dans une chaîne de blocs intégrée à une chaîne d’approvisionnement. Il faut aussi voir à utiliser la technologie adéquate, c’est-à-dire déterminer quels capteurs utiliser et comment veiller à ce qu’ils ne soient pas compromis.

À mesure que les industries prendront conscience des avantages de la chaîne de blocs et de l’IdO , il faudra s’assurer que les contrôles sont adéquats, surveillés et à la hauteur.

Et pour la suite?

Malgré la complexité apparente du processus, le nombre d’entreprises en démarrage qui adoptent la chaîne de blocs et la valeur des investissements dans le domaine ont explosé, et l’éventail des options s’est élargi. Les organisations doivent énoncer clairement les avantages escomptés dans leurs plans et leurs stratégies, et avoir une bonne idée des technologies nécessaires pour concrétiser rapidement ces avantages. Voici les quatre grandes phases d’une implantation de la chaîne de blocs :

  1. Commencez par élaborer une stratégie d’adoption qui fait état du potentiel de valeur pour l’ensemble du modèle d’affaires.
  2. Élaborez des démonstrations de faisabilité à échec rapide dans des secteurs précis pour prouver le potentiel de valeur.
  3. Utilisez ces démonstrations de faisabilité pour analyser les incidences de la chaîne de blocs sur l’organisation et établissez une vision architecturale qui tient compte des capacités internes et externes de la chaîne.
  4. Envisagez d’autres technologies numériques, comme la technologie mobile, les dispositifs intelligents, les mégadonnées, l’analyse de données, l’automatisation intelligente et l’analyse cognitive. Combinées à la chaîne de blocs, elles pourraient créer d’autres possibilités.

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