• Armughan Ahmad, Author |
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Le monde a changé. Les tendances qui ont émergé pendant la pandémie se poursuivront et aucun secteur, industrie ou entreprise ne pourra y échapper. Le changement s'est accéléré de façon exponentielle grâce à l'innovation technologique. Or, celle-ci n'est plus la seule responsabilité du chef de l'information; le chef de la direction a aujourd'hui un rôle important à jouer pour renouveler l'expérience client. L'innovation est devenue le fondement de la nouvelle façon de mener nos affaires et nos vies, et on voit de plus en plus d'entreprises des secteurs traditionnels tels que le commerce de détail et l'assurance se convertir en « retailtech » et en « assurtech ».

Désormais, la victoire sur la concurrence se joue sur l'avantage numérique. Les choix que nous faisons aujourd'hui façonneront le Canada de 2040, mais pour se démarquer dans cette nouvelle économie, notre pays doit miser sur l'innovation.

C'est une occasion que nous ne pouvons pas laisser passer. L'économie de l'innovation croît de trois à six fois plus vite (en anglais) que le reste de l'économie, et on s'attend à ce que les entreprises ayant pris le virage numérique génèrent plus de 50 % du produit intérieur brut (PIB) mondial d'ici 2023 (en anglais). Cela représente un potentiel énorme et sans limites. De plus, l'économie de l'innovation joue un rôle essentiel pour relever les grands défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés. Des enjeux comme le changement climatique, la lutte contre les pandémies et la sécurité alimentaire exigent une ingéniosité et une innovation de haut niveau que le Canada est en mesure d'offrir.

Nous avons tant d'atouts – et les possibilités sont infinies. Il ne reste qu'à faire travailler notre imagination.

Alors que le pays compte un grand nombre de pionniers de renommée mondiale dans les domaines de l'intelligence artificielle, des technologies propres et de l'informatique quantique, l'économie de l'innovation représente à peine 12 % de notre PIB (en anglais) – nous avons donc un sérieux retard à rattraper pour rejoindre les ligues mondiales. Nous nous classons actuellement au 26e rang parmi les pays de l'OCDE pour l'investissement dans la recherche et le développement. Selon une étude de la société de placement Ark Invest (en anglais), chacun de ces domaines peut apporter des milliards, voire des billions, à l'économie, mais il faut faire davantage pour transformer les concepts en réalités commerciales.

De nombreux pays reconnaissent la nécessité d'investir dans l'innovation afin de stimuler une croissance rentable, remettant totalement en question notre conception même de la compétitivité économique et de l'innovation. Le budget fédéral de 2021 prévoit des investissements ciblés qui ont le potentiel de dynamiser notre économie de l'innovation. Mais pour rester concurrentiels sur la scène mondiale, je crois que nous devons aller encore plus loin, et voici comment :

Des possibilités illimitées
Premièrement, nous devons nous fixer un objectif qui va marquer l'histoire. Tout comme les États-Unis ont rallié les secteurs public et privé autour du projet de la NASA d'envoyer un homme sur la lune en 1969, je suis convaincu que le Canada a besoin d'un objectif tout aussi ambitieux pour mobiliser l'industrie et créer des leaders du marché. Il pourrait s'agir d'un projet audacieux dans le domaine de la neutralité carbone ou dans une foule d'autres domaines d'intérêt public comme la santé et le bien-être. Cette initiative devrait être dirigée par une agence publique/privée indépendante, à l'image de la Defence Advanced Research Projects Agency (DARPA) aux États-Unis.

Deuxièmement, il faut faire davantage pour commercialiser nos recherches et protéger notre propriété intellectuelle. Le Canada est un chef de file reconnu en matière de recherche sur l'IA et l'apprentissage en profondeur, pourtant nous nous faisons damer le pion par des pays qui réussissent à breveter et à commercialiser leurs visions plus rapidement. Le Canada devrait intensifier sa stratégie des supergrappes, en s'inspirant de la société allemande Fraunhofer qui a permis d'injecter 3,4 milliards de dollars (en anglais) dans l'économie du pays et encouragé l'innovation au sein des entreprises. Les centres d'innovation pourraient servir de plateforme offrant une expertise, des services et une infrastructure spécialisés grâce à une collaboration entre les entreprises et les universités et à des incitatifs appropriés pour accélérer la commercialisation.

Troisièmement, le Canada doit encourager les investissements en innovation dans les secteurs stratégiques où nous possédons un avantage concurrentiel. Nous avons le potentiel pour devenir des précurseurs et changer la donne dans les domaines des semi-conducteurs, de l'informatique quantique, de l'infrastructure à large bande 5G et de l'apprentissage en profondeur – des secteurs qui, selon les prévisions, pourraient injecter 28 billions de dollars dans l'économie mondiale au cours des 15 à 20 prochaines années seulement (en anglais). Là encore, nous pourrions nous inspirer des États-Unis, où l'on envisage de consacrer jusqu'à 4 000 milliards de dollars (en anglais) à des infrastructures numériques et physiques et à des mesures incitatives pour soutenir l'économie américaine de l'innovation.

Quatrièmement, le Canada a besoin d'une main-d'œuvre prête pour l'avenir. L'économie de l'innovation est construite et alimentée par le talent. À l'heure actuelle, 30 % du travail mondial est automatisé – un taux qui devrait passer à 52 % d'ici 2025 (en anglais). Face à la nouvelle réalité, notre pays doit mettre au point une stratégie qui définit clairement les capacités dont nous avons besoin, les nouveaux emplois que nous sommes susceptibles de créer et les politiques dont le gouvernement et les entreprises auront besoin pour former la main-d'œuvre de demain.

Soulignons enfin que les économies de l'innovation se développent grâce à des entreprises qui se mobilisent autour d'un but commun, servent toutes les parties prenantes et équilibrent profits et réflexion durable à long terme. Les entreprises uniquement motivées par le profit succombent souvent aux pressions à court terme des résultats trimestriels, ce qui les amène à négliger les investissements dans l'innovation et le perfectionnement des employés. Nous devrions encourager les entreprises qui privilégient la réflexion à long terme et s'engagent à investir dans l'innovation, le perfectionnement de la main-d'œuvre et les résultats axés sur les objectifs.

Et le Canada a tout ce qu'il faut pour prospérer et devenir un leader mondial dans ce domaine. Imaginez tout simplement...

Prêts pour le décollage?
Notre pays a la capacité de devenir l'une des économies les plus innovantes du monde, mais nous n'y parviendrons pas en utilisant les mêmes vieilles recettes, même si elles nous ont bien servi au cours du dernier siècle. Pour poursuivre notre croissance et concrétiser nos puissants atouts en misant sur l'innovation, il nous faut réinventer nos façons de faire et aider nos innovateurs à réaliser leur potentiel maintenant et tout au long du siècle à venir.

Nous rendrons-nous jusqu'à la lune? Peut-être pas, mais encore là, nous ne sommes limités que par notre imagination...