• David Guthrie, Author |
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Selon une étude, près de 2,2 millions de tonnes d'aliments comestibles seraient jetées chaque année au Canada, pour un coût de 17 milliards de dollars. Mais il y a plus que l'aspect économique. Ces 2,2 millions de tonnes d'ordures équivalent à 9,8 millions de tonnes de CO2 ou à 2,1 millions de voitures de plus sur nos routes – en somme, des voitures dont le moteur tourne, mais qui ne vont nulle part.

La situation est non viable et franchement inacceptable – surtout que 4,4 millions de Canadiens, soit près de 12 pour cent de la population, vivaient de l'insécurité alimentaire en 2017-2018 (la dernière période pour laquelle nous avons des données). Alors, que pouvons-nous faire? Eh bien, nous pourrions consommer la nourriture achetée avant qu'elle ne périsse ou ne devienne moins appétissante. Nous pourrions aussi donner plus et plus souvent aux banques alimentaires et autres organismes de notre région qui sont à l'avant-garde de la lutte contre la faim au Canada. Mais la réponse n'est pas si facile.

D'ailleurs, les réponses faciles ne sont généralement pas les meilleures ni les plus complètes. Bien sûr, la saine gestion alimentaire chez les ménages fait partie de la solution, mais elle ne constitue pas le seul facteur en cause et probablement pas le plus déterminant. Pourquoi? Parce que la situation est généralisée et, de ce fait, nécessite une réponse globale.

Alors, quelle serait la réponse appropriée? Je pense à l'économie circulaire, c'est-à-dire à un modèle économique dans lequel les produits et les efforts sont continuellement redistribués plutôt que rejetés. Ce modèle vise à éviter le gaspillage en préservant la valeur des ressources aussi longtemps que possible, ce qui signifie une efficacité et une rentabilité accrues, une meilleure innovation et des relations plus solides avec les consommateurs. En fin de compte, moins de gaspillage et de coûts.

Vous connaissez la règle des 3 R (Réduire, Réutiliser, Recycler)? Ce concept de base de l'économie circulaire ne date pas d'hier. Mais la disponibilité des ressources, l'imprévisibilité des conditions de culture, les pressions sur l'offre et les marges de production alimentaire, et l'évolution des préférences des consommateurs demandent de repenser les modèles linéaires inefficaces et inutiles dans notre chaîne d'approvisionnement alimentaire.

Rendre la jeunesse à la vieillesse

La réduction des déchets alimentaires comporte des avantages pour les familles, les communautés et l'environnement en général. Dans le secteur agroalimentaire, le concept d'économie circulaire peut aussi contribuer à l'émergence de nouveaux modèles d'affaires, en vue de tirer parti de ce qui serait gaspillé par ailleurs. Comme je le suggérais dans mon dernier billet, la technologie agroalimentaire est prometteuse en ce sens. À commencer par l'Internet des objets, un ensemble de technologies qui pourrait aider les producteurs à exploiter les données pour améliorer la productivité, réduire les déchets, renforcer la sécurité des travailleurs, et plus encore.

Mais les vieilles habitudes persistent. La mise en œuvre d'un modèle d'économie circulaire nécessite un changement d'attitude. Cet aspect représente l'un des défis transformationnels les plus importants auxquels les administrations publiques, les entreprises et les communautés font face. Voilà pourquoi il représente aussi l'une des plus importantes occasions d'affaires.

Chez plusieurs, le modèle linéaire « fabriquer, utiliser et jeter » est ancré. Mais tout comme les plus de deux millions de tonnes de nourriture qui ont été perdues au pays à défaut d'avoir été consommées, le modèle linéaire est tout simplement non viable. C'est que les ressources déjà limitées sont de plus en plus coûteuses et difficiles à acquérir. Cela explique en partie pourquoi le nombre de personnes qui souffrent de la faim au Canada a augmenté au lieu de diminuer, une tendance qui se manifeste aussi dans le monde entier, selon les Nations Unies.

Pour lutter contre les problèmes multiples du gaspillage et de la faim avec une approche circulaire, toutes les parties prenantes de la chaîne de valeur du secteur agroalimentaire doivent d'abord chercher à améliorer la capacité à maintenir la nourriture fraîche plus longtemps. Il pourrait s'agir d'améliorer les conditions d'entreposage ou la logistique; de maximiser les possibilités de convertir les déchets en énergie, matières premières, engrais ou autres produits; ou de mieux informer les consommateurs sur les processus de production et de transport des aliments, l'impact des déchets alimentaires, la taille des portions et les méthodes de conservation. En attendant, les entreprises, les détaillants, les chefs et les autres fournisseurs de nourriture influencent grandement ce qui se retrouve dans notre assiette. Selon l'économie circulaire, chacun pourrait jouer un rôle essentiel en concevant des recettes, des menus et des produits sains (y compris des emballages compostables ou réutilisables) non seulement pour nous, mais aussi pour l'environnement.

Enfin, les répercussions de la règle des 3 R sur les individus et les organisations sont plus claires en théorie qu'en pratique. Mais si l'économie circulaire n'est pas la réponse la plus facile au gaspillage excessif, à l'insécurité alimentaire et à la faim, en ce moment, c'est la meilleure et la plus complète des réponses.

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