marché du pétrole et du gaz

Les producteurs d’énergie de l’avenir

  • Michael McKerracher, Author |

Chaque cycle apporte son lot de changements. Si les rumeurs de la fin imminente de l’industrie pétrolière et gazière sont depuis longtemps grandement exagérées, on ne peut nier que la situation de la COVID-19 a été particulièrement difficile. Bien sûr, cela est vrai pour presque tous les secteurs de notre économie. Mais s’il y a un point positif pour les producteurs de pétrole et de gaz, c’est qu’ils ont déjà connu des temps difficiles et qu’ils ont appris à s’adapter, à survivre et à prospérer.

C’est pourquoi le moment est maintenant idéal pour entreprendre un virage stratégique vers des opérations pétrolières et gazières à l’épreuve du temps : des stratégies et des structures d’entreprise souples; un engagement envers l’amélioration opérationnelle continue; et un accent plus marqué sur les questions environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Les progrès dans ces domaines et dans d’autres seront essentiels si le secteur espère ressortir de ce cycle plus fort qu’il ne l’était, comme il l’a souvent fait auparavant.

D’ailleurs, si on se fie à l’attention et à l’importance croissantes que les investisseurs, les clients et le grand public accordent aux facteurs ESG, je crois que ces derniers pourraient être le pivot de ce virage. Je crois aussi que l’opinion publique n’est pas près de changer sur cette question. Une partie du défi en ce qui concerne la perception de l’industrie est que nous n’avons pas suffisamment réfléchi à l’utilisateur final de nos produits, à la manière dont nos opérations et nos processus sont généralement perçus et compris. Nous pouvons en faire plus pour montrer comment le secteur contribue à l’innovation et à la durabilité – et à l’économie en général.

De leur côté, les investisseurs s’intéressent aux flux de trésorerie disponibles et aux rendements réels à mesure que la reprise s’installe – mais ils finiront par revenir à la recherche de croissance. Cependant, dans la nouvelle réalité postpandémique, il ne suffira plus de recueillir des données sur la conformité et de publier des rapports généraux sur la durabilité. Il faudra aller plus loin, en intégrant les facteurs ESG dans les structures mêmes de l’entreprise et en utilisant toutes sortes de données, non seulement pour fixer des objectifs clairs, mais aussi pour adapter les opérations et les processus, mesurer les progrès et en rendre compte. Les investisseurs pétroliers et gaziers adoptent une perspective de plus en plus à long terme dans laquelle la performance ESG est plus importante que jamais. Cette tendance s’impose déjà à l’échelle mondiale, et les exploitants canadiens doivent en tenir compte. Ceux qui sont en mesure de maintenir des perspectives de croissance pendant le ralentissement économique et de dresser un portrait convaincant des possibilités futures en matière de durabilité seront bien placés pour attirer ces nouveaux investisseurs à long terme.

Le bon côté
La bonne nouvelle, c’est que nous savons déjà que les grandes sociétés intégrées sont capables de réunir des capitaux même en période difficile, ce qui rend leurs perspectives favorables. Le modèle intégré a résisté à l’épreuve du temps. De plus, il y aura toujours de la place pour les entreprises spécialisées en exploration et en production dans les petits territoires et bassins rentables. Malheureusement, ce sont les petits joueurs que nous perdrons. Toutefois, il reste des bassins dans le monde qui n’ont pas encore été commercialisés. Nous disposons de certaines des meilleures technologies d’exploration et de production existantes et pouvons faire profiter d’autres régions de cette expertise. Compte tenu de tout cela, je m’attends à ce que les petites entreprises du futur aient une production plus importante, des compétences spécialisées et une orientation internationale – notamment parce que la plupart des perspectives énergétiques à long terme prévoient une augmentation de l’utilisation des hydrocarbures dans les économies en développement et une demande croissante pour les utilisations du pétrole et du gaz sans combustion.

En fin de compte, bon nombre des attributs qui ont été des facteurs de réussite au cours des cinq dernières années de turbulence demeureront essentiels. Il s’agit notamment de tirer parti de l’innovation et des nouvelles technologies pour réduire les coûts, en plus de continuer à perfectionner les technologies existantes pour diminuer les coûts de carburant ou améliorer la gestion de l’eau. En outre, il faudra mettre davantage l’accent sur les données afin de bénéficier de futures augmentations de valeur. Entre autres choses, les données peuvent permettre aux exploitants d’exécuter des scénarios et d’élaborer de nouvelles façons de travailler qui peuvent permettre d’améliorer le rendement futur, en veillant non seulement à ce que les économies mises en place aujourd’hui soient durables plutôt que cycliques, mais aussi à ce qu’elles constituent un point de départ pour la relance.

Bien sûr, tout cela n’est que la première étape. Mais elle est nécessaire.