• Paul Van Eyk, Author |
5 minutes de lecture

Ces dernières années ont été extrêmement difficiles pour les entreprises canadiennes : la pandémie a presque paralysé l'économie, et on en ressent encore les répercussions. En effet, les perturbations dans les chaînes d'approvisionnement, ainsi que la hausse du coût des matières premières et de la main‐d'œuvre sont notre nouvelle réalité. Les pénuries de matériaux essentiels, comme les micropuces et les minéraux, ont une incidence sur la viabilité et les échéanciers de nombreuses industries. L'incertitude géopolitique et les réorganisations commerciales ajoutent de l'instabilité à un casse-tête déjà complexe. Avec la remontée des cas de COVID-19 dans certaines régions du pays, on craint que de nouveaux variants n'aggravent la situation. Comme il est si difficile de prévoir le contexte d'ici 8, 10 ou 12 mois, l'inquiétude des dirigeants d'entreprise canadiens n'est pas étonnante.

D'après mes conversations avec des clients et des collègues, je sais que les équipes de direction et les conseils d'administration sont effectivement inquiets, mais ce sentiment est plus qu'anecdotique. En février 2022, nous avons mené un sondage auprès de plus de 500 sociétés canadiennes de taille moyenne. Ce sondage brosse un tableau clair et donne un aperçu fascinant de ce qui préoccupe les propriétaires d'entreprise en ce moment.

Vue à vol d'oiseau
La réponse à une question du sondage a vraiment attiré mon attention. On demandait aux dirigeants quelle était leur préoccupation la plus urgente au sujet de leur entreprise. Compte tenu de la récente hausse des taux d'intérêt, nous pourrions penser que l'inflation figurerait en tête de liste des réponses. Mais elle a plutôt été reléguée au septième rang, derrière une longue liste d'autres préoccupations, de l'épuisement lié à la pandémie à l'accès à une main-d'œuvre qualifiée, en passant par les chaînes d'approvisionnement, les prix de l'énergie et l'incertitude réglementaire. Comme nous parlons de taux créditeurs qui grimpent de 0 % à 2,5 % voire 3 % ces jours-ci, je suppose qu'au cours des 90 derniers jours, le risque d'inflation a rejoint les trois premiers rangs des enjeux auxquels les entreprises sont confrontées!

Même si ces résultats différeront pour chacun, la variété des réponses met en perspective toute la force des vents contraires qu'affrontent les entreprises en ce moment. En plus d'avoir à déployer des efforts héroïques pour résoudre les problèmes liés à la chaîne d'approvisionnement et au sourçage, les entreprises doivent gérer la hausse des coûts des matières premières, des pièces, du fret, de l'énergie et de la main‐d'œuvre, ainsi que le roulement de celle-ci. Cette liste interminable inquiète les équipes de direction, car ces éléments ont une incidence réelle sur les liquidités.

Une autre conclusion de ce sondage m'a fait sursauter, soit les taux d'intérêt par rapport à la viabilité d'une entreprise. En effet, pour 33 % des entreprises canadiennes, une hausse des taux d'intérêt de 2 % constituerait un point de bascule. Or, si on remonte à 2018, la Banque du Canada ciblait déjà une augmentation de l'ordre de 2,5 % à 3 %. Aujourd'hui, les entreprises canadiennes perçoivent ce même taux comme une potentielle heure de vérité. Le déroulement des 18 à 24 prochains mois s'annonce très intéressant. Quelles répercussions auront les taux d'intérêt sur les entreprises qui se font déjà ballotter par d'autres vents contraires?

Zones de faille
Je dois avouer qu'un autre résultat m'a véritablement choqué : à peine 35 % des dirigeants interrogés estimaient que leur conseil d'administration était prêt à faire face à des changements imprévus ou à des enjeux qui ont des répercussions sur leur entreprise. Nombreux sont les milieux de travail où il est difficile d'entamer des discussions sur les défis qui risquent de remettre en question le modèle d'affaires actuel. Après plus de 20 ans de carrière en restructuration et de redressement d'entreprises, je peux confirmer que ce sentiment est courant. Souvent, la restructuration est perçue comme étant négative, un sentiment que révèle notre sondage puisque 64 % des répondants croient que de telles conversations sont exclusives aux entreprises au bord du gouffre. Toutefois, j'ai vu comment une « culture de restructuration » revitalise les entreprises et les amène vers de nouveaux sommets.

Je sais aussi combien les conversations en matière de restructuration peuvent être difficiles et émotives. Même si quatre entreprises sur cinq ont dû se réorganiser en raison de la pandémie, il existe une véritable stigmatisation à l'égard de tout type de défi financier. Personne ne démarre une entreprise en s'attendant à croiser des détours ou des difficultés en cours de route. En fait, seulement 33 % des personnes interrogées ont déjà fait face à une crise qui a ébranlé la stabilité de leur entreprise. Quand on rassemble ces deux dernières statistiques, cela fait beaucoup de propriétaires qui n'ont jamais vécu une crise majeure et qui, en raison de leur culture d'entreprise, ne sont malheureusement pas en mesure de commencer à y faire face.

Curieusement, une fois ces conversations difficiles loin derrière, un contraste fascinant émerge d'un point de vue commercial. Bien que la plupart des dirigeants d'entreprise ne soient pas prêts à parler de restructuration, l'écrasante majorité de ceux qui l'ont fait (86 %!) affirme que c'est la meilleure chose qui leur soit arrivée. En d'autres termes, entamer la conversation ne constituait pas une régression, mais plutôt une cure de rajeunissement pour leur entreprise, qui a ainsi amélioré son modèle d'affaires.

Profiter du moment présent
Nous vivons des temps déstabilisants qui forcent à prendre des décisions délicates. Toutefois, il n'est pas nécessaire d'être en situation de détresse pour prendre la situation en main. Au contraire, être proactif peut empêcher les petits feux de se transformer en brasiers forestiers. Plutôt que de repousser une discussion difficile à plus tard, c'est le moment idéal pour prendre la température de votre organisation et de votre conseil d'administration, puis pour plonger dans les préoccupations urgentes. Quand on agit avant que la crise ne frappe, celle-ci se transforme en quelque chose de bien plus productif : un changement de direction, une occasion de se réinventer, un temps pour faire le point. Examinez votre modèle d'affaires, votre structure de coûts et vos parties prenantes, puis trouvez des moyens d'avoir le vent en poupe.

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