• John Armstrong, Author |
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L'an dernier, nous avons observé une hausse de l'activité dans le secteur des technologies financières (fintechs), tant au Canada qu'à l'échelle mondiale. Et un an auparavant, les investissements en technologies financières au Canada s'élevaient à plus de 6 G$ US, soit le double du total de 2019 selon le rapport Pulse of Fintech – S2 2021 de KPMG. Une part importante de ce financement provenait des États-Unis.

Voici ce que nous déduisons de ces chiffres.

Tout d'abord, les modèles des entreprises de technologie financière sont plus intéressants que jamais. De nouveaux joueurs font une entrée fracassante dans des secteurs comme l'assurance, le prêt, les paiements, les placements et les systèmes bancaires de base. Aujourd'hui, les entreprises de technologies financières comptent pour environ 1 T$ US des 10 T$ US que représente la valeur totale du secteur mondial des services bancaires et des paiements. Mais elles ne sont pas toutes des agents perturbateurs. En effet, bon nombre d'entre elles servent de catalyseurs auprès des banques et autres institutions financières et les aident, souvent à l'aide d'outils d'intelligence artificielle (IA) ultra sophistiqués, à améliorer leurs services et processus administratifs dans des domaines comme l'évaluation de crédit et la gestion des canaux bancaires.

Ensuite, le rôle du Canada dans l'écosystème mondial des technologies financières prend de l'ampleur. Nous pouvons fièrement affirmer qu'un certain nombre de nos entreprises de technologies financières comptent parmi des acteurs d'envergure mondiale. Cela témoigne des progrès considérables réalisés au cours des 20 dernières années pour faire du Canada un terreau fertile pour le secteur des technologies financières. Nos excellents établissements d'enseignement postsecondaire, qui brillent dans des domaines clés comme l'IA et d'autres technologies, en sont une partie intégrante.

Toutefois, malgré le récent succès du secteur, les gouvernements, les organismes de réglementation et les investisseurs canadiens doivent prendre des mesures pour maintenir sa croissance.

Par exemple, nous pouvons nous inspirer du Royaume-Uni, qui abrite le deuxième secteur des technologies financières de la planète. Tout comme le Canada, cette région a connu une croissance fulgurante et des investissements massifs.

En 2020, son gouvernement a commandé une analyse de son secteur des technologies financières, à la recherche de recommandations pour l'améliorer et le développer. Le rapport issu de cette analyse, dirigée par l'entrepreneur en technologie financière Ron Kalifa, émet des recommandations dans cinq catégories importantes, dont les gouvernements et autres intervenants du Canada peuvent s'inspirer pour relever les possibilités présentes ici. Voici ces cinq catégories.

Politique et réglementation : Tandis que le Royaume-Uni a adopté une approche réglementaire dynamique au cours des dernières années (son autorité de réglementation bancaire a créé un bac à sable réglementaire, par exemple), le Canada, lui, accuse un retard sur ses homologues étrangers en matière de réglementation des technologies financières. Bien que la Commission des valeurs mobilières de l'Ontario ait aussi créé un bac à sable pour les entreprises de technologies financières, entre autres, qui souhaitent se lancer sur les marchés publics, le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF), notre autorité fédérale de réglementation bancaire, pourrait aussi créer son propre bac à sable où les entreprises de technologie financière se verraient accorder une exemption à l'égard de certaines des principales exigences bancaires réglementaires, y compris les règles relatives à la connaissance de la clientèle, aux capitaux et aux autres exigences de conformité, tout en testant de nouveaux modèles d'entreprise et approches d'affaires.

Compétences : L'une des recommandations du rapport du Royaume-Uni consistait à créer une nouvelle « voie d'accès rapide » pour les visas, et à accroître le nombre de stages dans les entreprises de technologie financière, afin d'encourager la reconversion professionnelle et l'amélioration des compétences. Ce besoin est aussi urgent au Canada. Bien que nos universités et collèges n'aient pas leur pareil pour enseigner les compétences recherchées dans ce secteur, nous devons faire en sorte que notre main‐d'œuvre puisse facilement s'adapter. Les gouvernements fédéral et provinciaux pourraient collaborer avec le secteur de la technologie financière à des initiatives comme le financement de stages dans des entreprises du domaine. Entretemps, pour ce qui est de l'immigration, il vaut la peine d'évaluer l'utilité d'accélérer l'obtention de visas. Bien que modeste, l'élargissement récent du Projet pilote sur la voie d'accès à la mobilité économique pour réfugiés qualifiés est un pas dans la bonne direction.

Investissements : Au cours des dernières années, nous avons vu naître de nombreux fonds de capital de risque privés d'envergure. Mais sont-ils suffisants pour stimuler les investissements dans le secteur canadien des technologies financières? Il pourrait-être intéressant de créer la version canadienne d'une idée proposée dans le rapport du Royaume-Uni : débloquer des capitaux provenant d'investisseurs institutionnels pour créer un fonds de croissance en technologie financière d'un milliard de livres sterling mené par le secteur privé afin de contribuer à la création et à l'essor d'un écosystème de renommée mondiale. Bien que l'idée ne se soit pas encore concrétisée au Royaume-Uni, elle pourrait être valable au Canada.

Qualité internationale : Une autre recommandation clé émanant du rapport du Royaume-Uni est la création d'un centre pour la finance, l'innovation et la technologie. Ce centre serait financé par le gouvernement du pays, mais géré par le secteur privé, et aurait le mandat de rechercher des politiques qui soutiennent les technologies financières britanniques à l'échelle mondiale et d'en faire la promotion. Cette idée vaut également la peine d'être analysée au Canada, car les cinq volets des recommandations en tireraient profit.

Collaboration nationale : Pour que le secteur continue de prospérer au Canada, nous devons renforcer nos principales grappes géographiques en technologies financières et accroître la collaboration entre elles. Ces grappes incluent non seulement les entreprises de technologie financière, mais aussi les établissements d'enseignement, qui dotent les diplômés des compétences requises; les banques, qui servent souvent d'organes investisseurs et de clientes aux entreprises de technologie financière; les fonds de capital-risque; et d'autres intervenants du marché. Ainsi, la création d'un centre pour la finance, l'innovation et la technologie pourrait jouer un rôle précieux qui assurerait une connectivité essentielle entre ces grappes.

Enfin, tandis que nous cherchons des moyens de favoriser la prospérité et la croissance de l'économie canadienne, la santé de notre secteur de la technologie financière devrait être au cœur des préoccupations des parties prenantes. Il faut commencer à discuter des nombreuses solutions qui existent, sans quoi le Canada risque de prendre du retard.

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