• David Guthrie, Author |
5 minutes de lecture

Dans mon dernier billet, j'abordais l'importance de l'économie circulaire dans nos efforts permanents pour maintenir l'approvisionnement alimentaire et, idéalement, éradiquer la faim au Canada. Malheureusement, même une parfaite application des principes de l'économie circulaire ne garantit pas qu'à l'avenir nous pourrons non seulement produire assez d'aliments pour une population en croissance, mais aussi éradiquer la faim et protéger la planète.

Pour répondre de façon responsable aux besoins futurs en consommation alimentaire, nous devons redoubler d'efficacité en produisant les bons aliments au bon moment. Comment donc accroître le rendement, tout en assurant la sécurité et la durabilité alimentaires? Tel est le sujet du présent billet.

À la croissance démographique planétaire s'ajoutent l'insuffisance des ressources, le changement climatique et les conditions de croissance imprévisibles, d'où une pression accrue sur des chaînes d'approvisionnement alimentaire déjà inefficaces et peu rentables. En outre, au lieu de s'étendre, les terres agricoles disparaissent face à l'expansion des villes et à la subdivision des municipalités.

Le Canada est le septième exportateur mondial de produits alimentaires. Notre pays compte plus de 28 millions d'hectares de terres arables qui produisent annuellement des millions de tonnes métriques de protéines végétales. Si la difficulté de nourrir la population mondiale en croissance est immense, nous avons cependant l'occasion d'instaurer une agriculture durable qui bénéficie autant à la population qu'à la planète.

Trop chaud

Mais le changement climatique influe sur la nature et la saisonnalité de l'agriculture canadienne. En raison de la hausse des températures, les cultivateurs pourraient faire pousser de nouveaux types de cultures que, traditionnellement, on ne pourrait pas cultiver ici. Pourrait-on commencer à faire pousser des cultures qui ne poussent habituellement qu'en climat tropical? Pourrait-on commencer à cultiver certaines récoltes toute l'année?

La culture toute l'année peut sembler une avancée positive, mais il faut l'envisager avec précaution. Le Canada pourrait bénéficier d'une saison de croissance prolongée, mais l'Atlas climatique du Canada montre que le changement climatique accroît le nombre de « journées très chaudes » dans nos régions agricoles, dont la vallée de l'Okanagan, les Prairies, le sud de l'Ontario et les Maritimes.

Outre la grande chaleur, les journées très chaudes peuvent accroître le risque de sécheresse, de feux incontrôlés et d'orages (d'où un risque de crues brutales, de grêle et même de tornades). En raison de changements dans la configuration des précipitations, d'une météo plus imprévisible et d'une fréquence accrue d'événements extrêmes, une saison de croissance prolongée ne représente peut-être pas l'avancée positive que certains espèrent.

Nous en voyons déjà des exemples. En 2016, les Prairies ont subi une sécheresse au printemps, puis des pluies torrentielles et des inondations à la fin de l'été. Si la plantation et la récolte de cultures dépendent des variations météorologiques saisonnières, il en va de même de la chaîne d'approvisionnement de la ferme à la table, y compris la lutte antiparasitaire, le stockage et le transport des aliments.

Selon un document de recherche publié dans la revue PLOS ONE (en anglais), le changement climatique pourrait ouvrir de nouvelles « frontières agricoles » au Canada d'ici 2080, car le réchauffement des températures permettrait d'étendre des cultures agricoles comme le blé, le soya et le maïs à des régions comme les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon.

Trop froid

Mais cette perspective s'accompagne d'une foule de nouvelles difficultés, car l'expansion des terres agricoles entraînerait aussi l'émission d'énormes quantités de gaz à effet de serre et nuirait à la biodiversité comme à la qualité de l'eau. Elle pourrait aussi avoir des conséquences sur d'autres secteurs liés à l'alimentation.

Voilà pourquoi le secteur agricole est en quête de façons novatrices de s'adapter au changement climatique et d'adopter des pratiques agricoles durables, comme l'agroécologie. Pour protéger les cultures et améliorer la sécurité alimentaire, les scientifiques de la vie travaillent aussi avec les cultivateurs pour réduire l'utilisation d'insecticides et d'herbicides chimiques en faveur de fongicides, de produits microbiens et d'autres agents de lutte biologique.

L'adaptation au changement climatique pourrait aussi nous amener à diversifier notre approvisionnement alimentaire, c'est-à-dire investir dans la technologie agricole, l'agriculture verticale et d'autres moyens durables de production alimentaire (sujet que j'ai déjà abordé), en plus de consommer davantage d'aliments végétaux. Un autre document de recherche de PLOS ONE (en anglais) révèle qu'à l'heure actuelle, notre production agricole « n'offre pas la variété d'aliments nécessaire pour assurer à la population mondiale un régime alimentaire équilibré recommandé par les nutritionnistes ».

Trouver le juste milieu

Pour alimenter sainement et de manière durable la population mondiale en croissance, la production alimentaire doit s'adapter, ce qui, encore une fois, exigera de nouvelles et meilleures façons de produire plus d'aliments, ainsi qu'un recours accru à des sources de protéines végétales (dont la production nécessite moins de terres arables).

Le Canada, et les Prairies en particulier, est bien placé pour répondre à cette demande. En effet, notre pays produit déjà la majorité des lentilles du monde (en anglais), principalement en Saskatchewan. Au cours des cinq prochaines années, la consommation humaine de protéines végétales est appelée à presque doubler, et certaines organisations canadiennes font déjà de grands progrès en matière de production agricole en misant sur la génomique des plantes et sur de nouvelles méthodes de transformation de substituts de viande.

Qu'il s'agisse d'adopter des pratiques agricoles plus durables, de diversifier notre approvisionnement alimentaire, d'utiliser la technologie pour trouver de nouvelles solutions novatrices ou de répondre aux exigences en matière d'offre et de qualité (c'est-à-dire aux attentes des consommateurs), l'avenir de l'agriculture sera très différent de la réalité d'aujourd'hui. Mais on pourrait arriver à nourrir la population mondiale, sans sacrifier à cette fin la santé de la planète.

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