• Sylvia Kingsmill, Author |
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Nous vivons dans la meilleure époque et la pire en même temps. Il y a un parallèle à faire entre le conte classique de Dickens et la capacité des entreprises et d'autres organisations à accéder à nos données et à les utiliser – en particulier lorsque l'hiver s'installe, que les cas de COVID-19 se multiplient à travers le pays et que les pouvoirs publics doivent une fois de plus prendre des décisions difficiles concernant la façon de réagir.

Pensons à la recherche des contacts. Un sondage mené par KPMG en mai révèle que, même si presque la totalité des Canadiens (92 %) estiment que les applications de recherche des contacts doivent présenter un certain équilibre entre confidentialité et sécurité publique, la majorité (60 %) seraient prêts à sacrifier leurs renseignements personnels pour freiner la COVID-19. En d'autres termes, les Canadiens sont très attachés à leur vie privée et à leurs libertés civiles, mais ils se soucient aussi suffisamment les uns des autres pour que la santé publique l'emporte sur la vie privée en situation d'urgence nationale.

Or, cela ne signifie pas qu'ils pensent que l'utilisation des applications de recherche des contacts devrait être rendue obligatoire. Sur ce point, les Canadiens sont plus partagés : moins de la moitié (45 %) des répondants à notre sondage disent que le gouvernement devrait exiger que les Canadiens utilisent leur téléphone intelligent pour partager de façon anonyme leur état lié à la COVID-19, tandis que 55 % jugent que cela devrait être volontaire. Les deux tiers des personnes interrogées soutiennent qu'elles ne téléchargeraient pas une telle application, la qualifiant d'encore « trop invasive ».

Les Canadiens comprennent que les applications de recherche des contacts peuvent être efficaces si le taux de participation est élevé : près de trois sur cinq (57 %) ne pensent pas que la recherche numérique des contacts serait efficace si elle n'était pas obligatoire. Mais si l'on veut que ces applications suscitent une participation suffisamment élevée, et donc efficace, il faut les concevoir de façon à limiter les menaces à la vie privée, et les utiliser uniquement dans le but indiqué. Bien que la majorité des Canadiens soient prêts à sacrifier une partie de leur vie privée pour aider à éradiquer cette pandémie, peu d'entre eux sont prêts à laisser le champ libre au gouvernement pour surveiller le contenu leur téléphone.

Autrement dit, le gouvernement doit faire preuve d'une transparence totale quant à la façon dont les données de recherche des contacts seront recueillies, stockées, effacées et gérées. Cela sera particulièrement important dans le cadre du déploiement du vaccin contre la COVID-19, qui sera l'une des initiatives sanitaires les plus vastes et les plus complexes de l'histoire du Canada. Si ces données ont à être partagées, maintenant ou à l'avenir, cela doit se faire dans des circonstances parfaitement claires. Des politiques doivent être mises en œuvre et appliquées pour prévenir un mauvais usage ou un usage abusif des données afin de garantir au public que des principes de responsabilité et de minimisation des données sont respectés.

Ce qui compte aussi, c'est comment les organisations utilisent les données qui leur sont confiées. L'utilisation contextuelle des données devrait faire passer la responsabilité et l'éthique institutionnelles avant le gain à court terme, et respecter ce que j'appelle les « deux libertés », c'est-à-dire le droit de la personne de contrôler ses propres données et, plus important encore, de comprendre comment elles sont utilisées et partagées.

Ça semble plutôt simple, n'est-ce pas? Ça l'est.

Mais ce n'est pas tout le monde qui saisit cette notion. Alors, comment les organisations – et actuellement, surtout le gouvernement – peuvent-elles éviter de se retrouver empêtrées dans une « histoire louche » d'utilisation de données? Il y a des mesures claires qu'elles peuvent prendre.

  1. Mettre les gens au cœur de la stratégie de protection de la vie privée. Cela signifie informer clairement les gens du type de renseignements personnels recueillis et de la façon dont ils seront utilisés, en ayant pour principes directeurs la transparence et la responsabilité.
  2. Comprendre que les données sont un actif et un passif. Dans ce cas-ci, le passif ne se limite pas aux sanctions, mais englobe également la perte de confiance et l'atteinte à la réputation résultant d'une violation ou d'une utilisation non éthique des données.
  3. Ne pas se précipiter dans les gros investissements technologiques. Avant de penser aux solutions dans lesquelles investir, il faut établir les bases, en commençant par une solide gouvernance des données et de la protection des renseignements personnels.
  4. Se préparer à répondre aux questions avec de vraies réponses. Les dommages à la réputation peuvent être énormes, et de plus en plus de journalistes et d'autres parties prenantes sont impatients de poser des questions épineuses sur la collecte et l'utilisation des données. Dans un monde dominé par les médias sociaux, la réputation et l'image de marque peuvent être anéanties presque du jour au lendemain. Il faut donc être prêt à répondre aux médias à tout moment et avoir des porte-parole expérimentés, crédibles et soucieux de la protection de la vie privée qui sont disposés à répondre de bonne foi à toutes les questions.

Au-dessus de la loi

Ces questions renvoient aux valeurs culturelles fondamentales et au genre de société dans laquelle nous voulons vivre – et tout cela repose sur la confiance. Quelle perte de confiance pouvons-nous tolérer? Qui est responsable de rétablir la confiance que nous avons perdue? Comment pouvons-nous la rétablir?

Tout est une question de contexte : il faut mettre en place des paramètres éthiques entourant la collecte et l'utilisation des données, et ces paramètres doivent être entièrement transparents pour les personnes concernées. Et s'il ne suffit pas de savoir que c'est simplement la bonne chose à faire, c'est également bon pour les affaires – commerciales ou gouvernementales. S'assurer que les gens ont à la fois le choix et le contrôle de ce qui est fait avec leurs données est la chose la plus importante que les entreprises et les administrations publiques puissent faire pour établir et maintenir la confiance.

Après tout, à ce stade, la révolution des données est inévitable.

Alors aussi bien faire les choses correctement.

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