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PDG canadiens : décalage technologique

PDG canadiens : décalage technologique

PDG canadiens : décalage technologique

Elio Luongo | Author,

Les chefs de la direction canadiens sont confiants. Ils ont foi en l'économie canadienne, en leur secteur d'activité et tout particulièrement en la capacité de croissance de leur entreprise.

Néanmoins, cette confiance est ébranlée, après une année de turbulences sur les marchés financiers, de perpétuels revirements géopolitiques et de guerres commerciales (hausse des tarifs et des tensions), en plus des avancements technologiques qui transforment la façon de faire des affaires.

Selon le rapport Perspective des chefs de la direction canadiens en 2019 de KPMG, la confiance dans l'économie canadienne a reculé de 15 % depuis l'an dernier, pour se retrouver à 79 %. Ce n'est pas si mal, sauf que cette baisse de confiance chez nos chefs d'entreprise tranche singulièrement avec la hausse observée chez les chefs d'entreprise étrangers en 2018.

Pour rédiger notre rapport, nous avons interrogé 1 300 chefs de la direction du monde entier afin de connaître les enjeux qui les préoccupaient au plus haut point et les stratégies employées pour y remédier. Les chefs de la direction canadiens et leurs homologues étrangers ont cité l'environnement, le territorialisme et les technologies de rupture parmi leurs trois principales préoccupations.

L'absence de consensus sur les questions environnementales influence fortement l'opinion des chefs d'entreprise canadiens, compte tenu de notre dépendance envers le secteur des ressources naturelles. De plus, les exportations comptant pour près du tiers de notre produit intérieur brut, l'escalade des querelles avec et entre les deux principaux partenaires commerciaux du Canada soulève des inquiétudes quant à la santé de notre économie.

Cela dit, en attendant le dénouement de ces questions nationales et géopolitiques, nos dirigeants concentrent leur attention sur la technologie. Près des deux tiers d'entre eux prévoient accroître leurs investissements dans la détection des perturbations et les processus novateurs, et tout autant ont l'intention de collaborer avec des entreprises en démarrage novatrices.

Cependant, ils doivent aussi se préparer aux répercussions de l'automatisation et de l'intelligence artificielle sur leur effectif. Ce qui nous ramène à la culture d'entreprise; les trois quarts des dirigeants souhaitent en instaurer une qui encouragerait l'innovation sans crainte d'échouer. Mais à peine la moitié affirme avoir mis en place une telle culture.

Dans l'équation technologique, le volet humain est essentiel au succès de l'entreprise, et à celui de l'économie toute entière. Pour demeurer concurrentielles dans un monde de plus en plus numérique, les entreprises canadiennes devront recruter et fidéliser du personnel compétent en vue de susciter et de soutenir les transformations qui en découlent. Malheureusement, le Canada se dirige, d'ici cinq ans, vers une grave pénurie de main-d'œuvre dans le domaine technologique.

Près des deux tiers des dirigeants peinent à trouver de la main-d'œuvre qualifiée, ce qui n'est pas sans affecter la croissance. En outre, les géants de la technologie s'arrachent de plus en plus ce type de main-d'œuvre au Canada, ce qui annonce que la concurrence deviendra encore plus féroce.

Aussi, il sera plus important que jamais de cultiver le talent au sein de l'organisation. Si 44 % des chefs de la direction canadiens prévoient améliorer les capacités numériques d'au moins 40 % de leur effectif, leurs homologues étrangers sont presque deux fois plus nombreux (81 %) à vouloir le faire.

D'autre part, 79 % des dirigeants canadiens estiment que les technologies, dont l'intelligence artificielle et la robotique, créeront plus d'emplois qu'elles n'en élimineront, intensifiant ainsi la pression dans un bassin de main-d'œuvre déjà restreint.

Et qui dit perturbations numériques, dit également cybersécurité. La menace d'une cyberattaque pèse de plus en plus sur les chefs de la direction canadiens : 60 % la considèrent maintenant comme inévitable. Malgré un investissement continu dans la cyberdéfense, ils croient de moins en moins pouvoir survivre à la tempête numérique.

Il y a tout de même lieu de nous réjouir, car nous progressons à grands pas. À mesure que les organisations canadiennes apprennent à intégrer les nouvelles technologies (intelligence artificielle, chaîne de blocs, analyse de mégadonnées) à leurs opérations, elles acquièrent plus de confiance et sont davantage sensibilisées aux risques de ces nouvelles technologies.

Dans un monde où le changement s'opère rapidement, un investissement sans réserve est nécessaire pour contrer tout décalage. Que ce soit par manque d'expérience en matière de nouvelles technologies ou en raison de la légendaire prudence des Canadiens, toujours est-il que nos entreprises peinent à se rallier à la nouvelle « norme » numérique.

Le virage technologique entraîne des changements fondamentaux à grande vitesse. S'il veut rester dans la course, le Canada doit accélérer la cadence.